Littérature traduite

  • La geste des princes démons T.1 ; le prince des étoiles

    Jack Vance

    Parution : 19 Mai 2015 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    Kirth Gersen a voué son existence à une vengeance. Des Princes des étoiles ont jadis tué ses parents et emmené sa famille en esclavage. A la poursuite d'Attel Malagate, le premier d'entre eux, dont il ne connaît que le nom, Gersen s'engage à travers la Galaxie dans une impitoyable chasse à l'homme. Un space opera flamboyant devenu un grand classique. Le Prince des étoiles est le premier des cinq volumes du plus célèbre cycle de Jack Vance, La Geste des princes-démons. La Machine à tuer, Le Palais de l'amour, Le Visage du démon et Le Livre des rêves paraîtront prochainement dans la même collection.

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  • La geste des princes démons T.2 ; la machine à tuer

    Jack Vance

    Parution : 19 Mai 2015 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    A peine débarrassé du monstre Malagate, Kirth Gersen poursuit sa vengeance à travers l'OEcumène galactique. De monde en monde, il traque le prince-démon Kokor Hekkus dont l'oeuvre principale s'intitule Théorie et pratique de la terreur. Mais Gersen devra affronter la terrible machine à tuer que le prince-démon a fait fabriquer pour appliquer ses idées morbides. Un grand classique du space opera. Après Le Prince des étoiles, La Machine à tuer est le deuxième volume du plus célèbre cycle de Jack Vance, La Geste des princes-démons, qui en compte cinq.
    Le Palais de l'amour, Le Visage du démon et Le Livre des rêves paraîtront prochainement dans la même collection.

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  • La geste des princes démons T.3 ; le palais de l'amour

    Jack Vance

    Parution : 19 Mai 2015 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    collection dirigée par gérard klein
    Le troisième Prince-Démon, Viole Falushe, dont Kirth Gersen s'est juré de tirer vengeance, après qu'il en eut déjà tué deux, n'est pas le moins pervers. Ses débauches et ses crimes sont devenus légendaires. Et il excelle à changer d'aspect.
    Mais Kirth Gersen le traque, de la Cité des esclaves à la Planète des Maîtres du poison, jusqu'à le démasquer pour un duel à mort. Par la richesse des décors, les rebondissements des intrigues, Le Palais de l'amour est l'un des sommets de La Geste des princes-démons.
    Après Le Prince des étoiles et La Machine à tuer,
    Le Palais de l'amour est le troisième volume du plus célèbre cycle de Jack Vance, La Geste des princes-démons, qui en compte cinq.
    Le Visage du démon et Le Livre des rêves paraîtront prochainement dans la même collection. 

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  • L'homme idéal (en mieux)

    Angéla Morelli

    Parution : 28 Janvier 2015 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    Un roman 100% parisien à l'humour délicieusement acide !
    Un joyeux foutoir... Voilà à quoi ressemble la vie d'Emilie, 35 ans, mère célibataire, qui se retrouve à devoir squatter chez Clara, sa meilleure amie, en attendant des jours plus favorables. Cela dit, si elle n'avait pas emménagé chez Clara, jamais elle ne serait retombée sur Samuel Winterfeld, un homme qu'elle avait perdu de vue depuis longtemps, et qui allie deux qualités irrésistibles : être le sosie de Bradley Cooper, et avoir très envie de la revoir !
    Evidemment, c'est pile le moment que choisit son ex, le père de sa fille, pour retenter sa chance avec elle. De quoi la mettre définitivement sens dessus dessous !
    A propos de l'auteur :
    Angéla Morelli est née sur les rives verdoyantes de la Garonne, qu'elle a quittées il y a longtemps pour les brumes de la capitale. Professeur de Lettres le jour et traductrice la nuit (oui, c'est une super héroïne), elle est tombée dans la marmite de la romance en succombant, un soir d'inadvertance, au charme ténébreux de Joffrey de Peyrac. Quand elle a compris qu'elle n'épouserait jamais Rhett Butler, et en attendant de rencontrer enfin Ryan Gosling, elle a décidé d'écrire des romances dans lesquelles elle pourrait donner libre cours à son penchant pour les hommes intelligents et sexy.
    Elle se plaît dans le genre de la romance contemporaine urbaine dans laquelle humour et amour forment un cocktail détonant !

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  • Stephen HardingLa Dernière
    BatailleQuand GI's et soldats de la Wehrmacht s'allient pour libérer des personnalités françaisesIxelles éditions
     PréludeEn ce matin du 4 mai 1945, le capitaine John C. « Jack » Lee Jr. est assis, jambes croisées, sur la tourelle de son char M4 Sherman. Il compare les ruelles étroites qui s'ouvrent devant lui à la carte étalée sur ses genoux. Solide gaillard de 27 ans, originaire de Norwich, dans l'État de New York, Lee a passé ces cinq derniers mois à la tête de la compagnie B du 23e bataillon de chars et, parfois même, de toute la 12e division blindée de l'armée américaine dans sa fulgurante percée à travers la France et l'Allemagne, jusqu'au Tyrol autrichien, en ces derniers jours de la Seconde Guerre mondiale.Le char de Lee est arrêtéà une intersection de la petite ville de Kufstein, à 5 kilomètres au sud-ouest de la frontière bavaroise, sur les rives de l'Inn aux eaux tumultueuses. La veille, les trois compagnies de chars du 23e bataillon ont franchi la frontière, précédant le combat command R de la 12e division blindée dans son avancée vers le sud depuis les faubourgs de Munich. Lee et sa compagnie ont roulé tambour battant jusqu'à Kufstein, où les chars n'ont fait qu'une bouchée d'un barrage routier pourtant bien défendu, avant de débarrasser la ville de sa poignée de soldats ennemis. La situation est désormais sous contrôle et les éléments avancés de la 36e division d'infanterie se préparent à prendre le contrôle de la zone. Lee et ses hommes peuvent donc s'octroyer quelques instants de repos bien mérités.À quelques kilomètres au sud-ouest, un autre officier aux traits tirés par la fatigue étudie lui aussi une carte, essayant de deviner ce que les prochaines heures vont réserver à ses hommes et à lui-même. Josef « Sepp » Gangl, major décoré de la Wehrmacht, natif de Bavière, sait que le rouleau compresseur américain est en marche et que son arrivée sera bientôt annoncée par les éclairs des barrages d'artillerie, le grondement des chars et le crépitement des armes automatiques.Ce n'est pas sa propre mort qui inquiète Gangl ; il a accepté le caractère éphémère de son existence lorsqu'il a combattu les Russes sur le Front de l'Est et les Alliés en Normandie. C'est le sort de ses hommes qui le préoccupe davantage, car ce ne sont pas tous des soldats, et beaucoup ne sont même pas allemands. Quelques jours plus tôt, sachant la guerre perdue, et se refusant à sacrifier davantage de vies pour défendre une cause en laquelle il a cessé de croire depuis longtemps, Gangl a déclaré son armistice personnel et a rallié ses forces à celles de la résistance autrichienne. Désormais, son seul objectif est d'empêcher les Américains et d'éventuelles unités allemandes restées loyales envers le Führer et le Reich de massacrer les hommes qui ont choisi de le suivre.Du haut d'un promontoire rocheux surplombant les plaines qui seront bientôt traversées par les Américains, quelques Français dépenaillés s'interrogent aussi sur leur sort. Derrière les remparts d'un château érigé il y a des siècles, qui a été leur prison jusqu'à ce beau matin, ces hommes savent que leur liberté retrouvée ne leur offrira aucune protection contre les unités SS opiniâtres qui rôdent encore dans les bois alentour. Ils attendent leurs sauveurs. S'ils ne sont pas délivrés avant le coucher du soleil, ils mourront très certainement derrière les murs de leur forteresse.Chauffé par les rayons du soleil printanier, Jack Lee a du mal à se concentrer sur sa carte. Épuisé, il espère ardemment, même s'il ne l'a jamais avouéà ses hommes, que Kufstein sera la dernière bataille de la compagnie B. Comme la plupart des soldats mobilisés dans le théâtre d'opérations d'Europe du Nord, Lee sait que la guerre va bientôt s'achever Adolf Hitler s'est suicidé cinq jours plus tôt, l'opposition allemande s'effrite. Même si, par certains côtés, le jeune officier redoute la fin du conflit, il ne veut pas que ses hommes soient les derniers Américains à trouver la mort en Europe.Tandis que Lee réfléchit aux conséquences qu'aurait la fin de la guerre sur ses hommes et lui, les événements qui se déroulent à un jet de pierre de là réduiront bientôt en miettes tous ses espoirs de paix. Il est loin de se douter qu'il sera bientôt jeté dans une bataille invraisemblable dont l'enjeu sera le sauvetage de personnalités françaises pugnaces enfermées dans la forteresse alpine dont le symbole est caché dans un pli de sa carte. Il lui faudra nouer une alliance improbable avec l'ennemi pour mener un combat joué d'avance : la dernière et certainement la plus étrange bataille de la Seconde Guerre mondiale.
    1Un bastion montagneuxLe château qui va bientôt projeter une ombre funeste sur la vie de Jack Lee se dresse à une vingtaine de kilomètres par la route, au sud-ouest du carrefour où le char américain est stationné. Le Schloss d'Itter, comme les Allemands l'appellent, a étéérigé sur un promontoire rocheux qui offre une vue imprenable sur la vallée du Brixental. Un petit pont qui enjambe un ravin relie l'édifice au flanc de la montagne. Le village d'Itter s'étend à l'est du château, à 700 mètres d'altitude, blotti contre le Hohe Salve, sommet des Alpes orientales centrales du Tyrol.Même si Lee et ses hommes ne s'arrêteront pas à ces détails dans les prochaines heures, le château d'Itter est déjà riche d'une histoire longue et mouvementée. La région est habitée depuis le milieu de l'âge de bronze (de 1800 à 1300 av. J.-C.). Comme les vallées de l'Inn et du Brixental offrent une route assez plate et directe entre l'Europe centrale et la Péninsule italienne, le Tyrol est le théâtre de nombreux conflits pour en assurer le contrôle. Conquise par Rome en 15 av. J.-C., la région est successivement envahie par les Ostrogoths, puis diverses tribus germaniques et, enfin, par les Francs. Au ixe siècle, le Tyrol tombe sous le joug de la Bavière, qui fait ériger deux solides donjons en pierre et une muraille d'enceinte au sommet de la colline sur laquelle se dressera le château d'Itter. En 902, le comte Radolt transmet la propriété du site fortifié au diocèse catholique de Ratisbonne1.Pour mieux protéger ses possessions en pleine expansion au Tyrol et, bien sûr, pour assurer la collecte des impôts du diocèse , l'évêque Totu2de Ratisbonne ordonne que les donjons et la muraille soient remplacés par une forteresse plus imposante. Toutefois, la construction du château, souvent interrompue, durera plus d'un siècle. En 1239, Rapoto III d'Orenbourg, comte palatin de Bavière3et rival de Siegfried, alors évêque de Ratisbonne, s'empare de la forteresse. En 1240, Rapoto est arrêté et, pour regagner sa liberté, le noble déchu doit céder ses propriétés de Bavière et du Tyrol à l'évêché de Ratisbonne. Parmi ces propriétés transmises à Siegfried, il y a le château d'Itter et le village qui s'est développéà l'ombre de ses remparts ; la première trace écrite d'Itter remonte à 12414.Bien qu'ils soient ostensiblement hommes de Dieu et pacifistes, les évêques de Ratisbonne sont aussi les princes temporels du Saint-Empire romain germanique sur lequel ils règnent d'une main de fer. Le château d'Itter sert de base de départ à de nombreuses expéditions punitives contre des sujets sévèrement opprimés. Le Tyrol tombe entre les mains des Habsbourg en 1363, cependant le château et le village d'Itter demeurent sous le contrôle de l'évêché de Ratisbonne jusqu'en 1380, date à laquelle l'évêque Conrad VI de Haimberg les vend à l'archevêque de Salzburg, Pilgrim II von Puchheim, moyennant 26 000 florins hongrois.En 1532 débute la reconstruction du château qui a été pillé et partiellement détruit pendant la rébellion paysanne du Tyrol de 1515 à 15265. À la fin du xvie siècle, c'est à la forteresse que siège un tribunal ecclésiastique qui fait la chasse aux sorcières dans la région. Une légende locale veut qu'en 1590, la dernière sorcière du Tyrol ait été brûlée vive sur un bûcher érigé dans la cour d'honneur du château6. C'est aussi à cette époque et fort probablement sur ordre de ceux qui se sont donné pour mission d'éliminer les sorcières que la célèbre citation de la Divine Comédie, poème épique écrit par Dante au xive siècle, est gravée, en allemand, dans la pierre au-dessus du portail qui ouvre sur l'entrée voûtée du château d'Itter : « Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance. »Le château change plusieurs fois de mains au cours des deux siècles et demi qui suivent. En 1782, il fait partie des biens personnels de Joseph II, couronné Saint-Empereur romain deux ans plus tôt, à la mort de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg. Joseph aime tant sa forteresse tyrolienne que, lorsque le pape Pie VI se rend en Autriche peu après l'ascension du monarque sur le trône, ce dernier insiste pour que l'ecclésiastique consacre l'autel de la petite chapelle du château. Pie VI se plie à ses exigences surtout dans l'espoir de combler le fossé qui se creuse inexorablement entre Joseph et l'Église et il lui offre un crucifix gothique et d'autres objets du culte.Malgré son engouement pour la forteresse, Joseph II comme beaucoup des anciens propriétaires du bastion n'y vit pas. Fin décembre 1805, il est remplacé par un autre propriétaire absent, Napoléon Bonaparte. Le château échoit à l'empereur français à la signature du traité de Presbourg, après ses victoires sur l'Autriche à Ulm et Austerlitz, respectivement à la mi-octobre et au début décembre 1805. Bonaparte ne reste pas longtemps propriétaire, car, en 1809, il offre le château d'Itter à son loyal allié le roi Maximilien Ier de Bavière7. Ce dernier ne se préoccupe guère de l'entretien du château et quand, en 1812, les villageois d'Itter lui proposent la somme relativement dérisoire de 15 florins austro-hongrois pour la totalité de l'édifice, le roi accepte volontiers. Les villageois n'ont nullement l'intention de réhabiliter le château ; ils ne s'y intéressent que pour en soustraire des matériaux de construction. Pendant les décennies suivantes, ils y prélèvent des pierres et des poutres qui servent à la construction de l'auberge locale et de divers édifices.Le château reste à l'abandon après le retour du Tyrol dans le royaume d'Autriche, décidé au congrès de Vienne en 1814-1815. En 1878, la commune vend le château qui n'est plus guère qu'une ruine moyennant la coquette somme de 3 000 florins, à un entrepreneur munichois nommé Paul Spiess, qui prévoit de le transformer en hôtel. L'aspirant hôtelier lance d'importantes rénovations qui donnent au château d'Itter une aile centrale d'habitation de plusieurs étages et de pas moins de cinquante chambres. Il fait également ériger une grande tour ressemblant à un donjon et il complète l'édifice par des petites ailes dédiées aux cuisines, aux communs et aux réserves. Spiess fait aussi réparer les murs d'enceinte et le corps de garde. Il fait arborer le ravin et repaver l'étroite voie d'accès de 150 mètres de long qui relie le château au village. Malgré les investissements de Spiess, l'hôtel ne séduit pas la clientèle et, en 1884, l'homme d'affaires déçu vend la propriétéà l'une des musiciennes les plus renommées et les plus belles d'Europe, la célèbre pianiste-virtuose et compositrice allemande Sophie Menter.Née à Munich en 1846, Menter est un prodige. Fille de musiciens talentueux son père est violoncelliste et sa mère chanteuse , elle donne ses premiers concerts publics alors qu'elle est encore une enfant. À 23 ans, elle devient l'élève de Franz Liszt, qui la décrit comme « ma seule fille au piano » et la proclame meilleure femme pianiste vivante au monde. En 1872, elle épouse le violoncelliste David Popper, natif de Bohême, qu'elle accompagne en tournée pendant plusieurs années. Son acquisition8 du château d'Itter est l'aboutissement de son désir de posséder une demeure où elle pourrait venir se réfugier quand elle serait fatiguée des contraintes de sa carrière professionnelle. Elle réaménage plusieurs pièces du rez-de-chaussée pour les transformer en salon de musique et en petites salles de concert.Pendant les dix-huit années au cours desquelles Sophie Menter est propriétaire du château d'Itter, elle y invite des musiciens aussi illustres que Richard Wagner et Piotr Ilitch Tchaïkovski. Son ami et mentor Franz Liszt lui rend de fréquentes visites. D'ailleurs, ses visites sont si appréciées qu'elles sont saluées par des tirs de canon. Son arrivée se fait sous des arches fleuries. Liszt, qui n'est pas insensible à ces démonstrations, profite de sa présence au château pour travailler. Ainsi, au cours d'un séjour en novembre 1885, il se lève tous les matins à 4 heures, travaille pendant trois heures, fait une courte pause pour assister à la messe dans la chapelle, puis retourne à son travail jusqu'au milieu de l'après-midi9. Dans sa correspondance avec Menter, il se répand en éloges sur ses séjours au château « féerique » qu'il conserve parmi ses « plus chers souvenirs »10.Sophie Menter continue à vivre au château d'Itter après sa rupture avec David Popper, en 1886, et elle y accueille régulièrement des événements publics, comme le concert qu'elle donne en octobre 1891 au profit de la nouvelle chorale qui s'est formée dans la ville de Wrgl, à 6 kilomètres au nord-ouest de sa résidence. Elle continue aussi à héberger des visiteurs célèbres dans une atmosphère créative. C'est probablement au cours d'un séjour de deux semaines, en septembre 1892, que Tchaïkovski écrit pour elle la partition des Ungarische Zigeunerweisen, un concerto de dix-sept minutes pour piano et orchestre, inspiré des mélodies tziganes hongroises. Le concerto de style hongrois est joué pour la première fois par Menter et dirigé par Tchaïkovski à Saint-Pétersbourg, en Russie, en février 1893.Malheureusement, les frais d'entretien de la bâtisse vieillissante contraignent Menter à s'en séparer en 190211. L'acheteur est un certain Eugen Mayr, riche médecin et entrepreneur berlinois qui fait installer l'électricité et la plomberie dans les cuisines et les pièces d'habitation principales. C'est au château que Mayr épouse Maria Kunert en août 1904. Il consacre plusieurs années et une petite fortune à donner à l'édifice des attributs néo-gothiques. L'ajout de créneaux et de boiseries intérieures ainsi que l'installation de plusieurs grandes fresques représentant diverses scènes de la mythologie germanique donnent à l'ensemble un air féerique très apprécié au début du xxe siècle. D'ailleurs, Mayr et son épouse jouissent d'un certain succès en exploitant Itter comme boutique-hôtel.Le prestige et le nombre de clients du château-hôtel Itter ne cessent de croître jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. La popularité grandissante du ski alpin transforme les petits villages endormis du Tyrol en destinations de vacances à la mode, et le hameau d'Itter  que des habitants entreprenants ne tardent pas à surnommer « la Perle du Tyrol »  ne fait pas exception. Le château est de loin la résidence la plus huppée et la plus recherchée par les adeptes de sports d'hiver et il est presque aussi populaire hors saison. En 1925, le Dr Franz Grüner, gouverneur adjoint du Tyrol dans la Première République d'Autriche, achète le château d'Itter, essentiellement pour y exposer son impressionnante et vaste collection d'oeuvres d'art et de sculptures. En 1932, Édouard Daladier séjourne au château lorsqu'il se rend à Wrgl pour étudier le fonctionnement de la monnaie locale émise par la ville en pleine expansion pour stimuler la reprise économique après la Grande Dépression12.Cette même dépression qui facilite la prise de pouvoir d'Adolf Hitler conduit aussi à l'Anschluss l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie en mars 1938. Ces tristes circonstances entraînent aussi la transformation du château-hôtel féerique en une sinistre bâtisse.Après l'Anschluss, l'Allemagne nazie entreprend d'effacer tous les vestiges d'une Autriche autonome : la nouvelle province allemande est rebaptisée Ostmark13. Le Reich est divisé en sept régions administratives, les Reichsgaue. Itter, comme le reste du Tyrol, est gouverné par un fonctionnaire nazi basé au Vorarlberg, à quelque 150 kilomètres au sud-ouest.La vie ne change guère au château d'Itter au cours des premiers mois de l'occupation allemande ; les nazis sont trop occupés à absorber l'Autriche dans leur « Grand Reich ». L'un des aspects de cette absorption l'extension à l'ex-Autriche de la police secrète nazie et des camps de concentration aura un impact direct sur le château.Même si la majorité des Autrichiens font bon accueil aux 105 000 soldats de la 8e armée du Feldmarschall Fedor von Bock14, qui franchit la frontière à 5 heures et demie du matin le 12 mars 1938, d'autres habitants de l'Ostmark se montrent plus réticents à devenir citoyens du Grand Reich. Des poches de résistance antinazies émergent sur tout le territoire dès le lendemain de l'Anschluss, et le Tyrol avec ses catholiques fervents, sa géographie compacte et son sens traditionnel de l'identité régionale devient rapidement un foyer d'opposition à la domination allemande et son cortège de réglementations de plus en plus oppressantes. Comme d'autres groupes de résistance qui surgissent à travers l'Autriche, ceux qui voient le jour au Tyrol sont divisés en cellules, par suspicion, et à juste titre. La Gestapo15 déploie de gros moyens pour écraser toute opposition au régime nazi et elle y est souvent aidée par des Autrichiens collaborateurs qui ne sont que trop désireux de dénoncer les voisins qu'ils soupçonnent d'être moins enthousiastes qu'eux envers le nouveau régime.Malgré tous les efforts de la Gestapo, des cellules de résistance survivent, pas seulement dans les grandes villes comme Vienne, Salzbourg et Innsbruck, mais aussi dans les petites villes et les villages disséminés dans tout le pays. Même si, à Wrgl, une vingtaine de résistants attendent patiemment leur heure et protègent leurs maigres ressources, comme beaucoup de leurs compatriotes, ils parviennent peu à peu à bâtir l'organisation qui finira par jouer un rôle clé dans l'histoire du château d'Itter. Rien n'aidera davantage la cellule de Wrgl, et la résistance autrichienne dans son ensemble, que l'armée allemande.Dans les jours qui suivent l'Anschluss, l'armée autrichienne, la Bundesheer, est incorporée massivement dans la Wehrmacht, l'armée de l'Allemagne nazie. Pour diverses raisons, cette intégration est généralement bien acceptée par la majorité des soldats16. L'annexion de l'Autriche offre un nouveau réservoir de conscrits à l'Allemagne ; entre 1938 et 1945, quelque 1,3 million d'Autrichiens sont enrôlés dans le service actif allemand. Les soldats autrichiens se battront dans toutes les divisions des forces armées allemandes et sur tous les fronts ; plus de 240 000 mourront au combat, de maladie, ou d'accidents17.Même si de nombreux Autrichiens servent le Troisième Reich de plein gré et même avec ferveur18, d'autres n'endurent leurs obligations militaires que parce que toute tentative visant àéchapper à la conscription ou à déserter est sévèrement punie. Bien que les Allemands aient essayé d'exclure de l'armée les Autrichiens qu'ils jugeaient peu fiables (gauchistes, nationalistes et autres19), de nombreux jeunes hommes qui détestent secrètement les nazis finissent par devenir des soldats « allemands ». Leur période de service dans la Wehrmacht est l'occasion pour de nombreux Autrichiens antinazis d'apprendre et d'appliquer au combat les compétences militaires qui, au cours des derniers
    mois de la guerre, se révéleront très précieuses pour la résistance autrichienne, et pour les pensionnaires du château d'Itter.Des sources indiquent que la transformation de la forteresse d'Itter d'un pittoresque château-hôtel-galerie d'art en redoutable prison a été exécutée sur l'ordre direct du Reichsführer der SS, Heinrich Himmler. Le 12 mars 1938, quelques heures à peine après que les troupes allemandes ont franchi la frontière autrichienne, Himmler atterrit sur un aérodrome près de Vienne pour diriger personnellement la pacification de l'Autriche. De son point de vue, la liquidation de l'opposition exige l'arrestation de quiconque menace le nouvel ordre établi. L'ancien petit éleveur de poules prend immédiatement et personnellement la direction de toutes les forces de police existantes et des SS autrichiens qui, depuis 1934, oeuvrent clandestinement à saper l'indépendance autrichienne en jetant les bases de l'Anschluss20.Même si la majorité des Autrichiens accueillent l'arrivée des Allemands avec des applaudissements et des gerbes de fleurs, des vagues d'arrestations ont lieu dans les milieux politiques, religieux et ethniques jugés inacceptables. Himmler a besoin de lieux où parquer les hordes de prisonniers avant leur acheminement vers les prisons et les camps d'Allemagne21. Il est fort possible que la construction solide et l'isolement relatif de la forteresse d'Itter aient attiré l'attention du Reichsführer, notoirement cachotier. Toutefois, son attention a dûêtre distraite, car ce n'est qu'au début de l'année 1940 que le gouvernement allemand loue le château au Dr Franz Grüner pour un usage officiel non précisé.La nature exacte de cet usage n'est pas claire durant les deux années qui suivent la signature du bail, bien que certaines sources portent à croire que le château a pu être utilisé comme centre de détention initiale et d'interrogatoire de prisonniers de haut rang avant leur déportation vers l'Allemagne. En revanche, nous savons avec certitude qu'au début de l'année 1942 le château est le quartier général en Ostmark de l'Alliance allemande de lutte contre les dangers du tabac22.Comme l'indique sa dénomination, cette organisation créée par les nazis, et financée par des fonds publics, est dédiée à la lutte contre le tabagisme dans la « Grande Allemagne ». Le Führer déteste les fumeurs et il considère que cette habitude est contraire à la morale publique, mauvaise pour la santé et qu'elle sape l'efficacité du personnel militaire. Son attitude n'a rien d'original ; malgré, ou peut-être à cause, de la tabagie de ses citoyens, depuis la moitié du xixe siècle, l'Allemagne occupe une place de premier plan dans la recherche sur les dangers du tabac sur la santé. Sous contrôle nazi, l'Alliance s'évertue à mener sa mission à bien en publiant des pamphlets soulignant les risques liés au tabagisme. Le quartier général régional basé au château d'Itter est chargé de diffuser ces informations en ex-Autriche.Mais, aussi importante que soit la croisade antitabac aux yeux d'Hitler, Himmler n'a jamais perdu de vue l'intérêt que présente le château d'Itter à bien d'autres fins. Le 23 novembre 1942, il fait signer à Hitler un ordre demandant à l'Obergruppenführer SS Oswald Pohl de lancer la procédure de réquisition du château pour « usage SS spécial ». En tant que directeur du Wirtschafts-Verwaltungshaupamt SS (office central de l'administration et de l'économie SS), Pohl est chargé de l'organisation des camps de concentration23. Himmler veut transformer le château d'Itter en centre de détention pour prisonniers prestigieux, lesehrenhäftlinge,que les Allemands jugent assez célèbres, assez puissants ou potentiellement assez précieux pour les garder en vie dans des conditions de détention relativement décentes.Le 7 février 1943, l'état-major de Pohl réquisitionne officiellement le château et toutes ses dépendances sur ordre d'Himmler, mettant brutalement fin au bail qui, depuis trois ans, offre à Grüner des revenus confortables. Officiellement répertorié comme camp d'évacuation (evakuierungslager), le château est placé sous le contrôle opérationnel du commandant du camp de concentration régional de Dachau24, qui se trouve à près de 150 kilomètres au nord-ouest. Devenu l'un des 197 camps satellites du camp principal, le château d'Itter est directement financé, approvisionné et pourvu en gardes par Dachau.

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  • Star fighters t.3 ; le piège

    Collectif

    Parution : 23 Octobre 2013 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015



    Pour Brandon et Ethan.
    Un remerciement particulier à Brandon Rodshaw.
    Cet ouvrage a initialement paru en langue anglaise en 2012 chez Bloomsbury sous le titre :
    The Enemy’s Lair
    © Working Partners Limited 2012.
    © Sam Hadley, 2012
    pour les illustrations.
    © Hachette Livre 2013 pour la présente édition.
    Traduction : Lucile Galliot.
    Colorisation des illustrations et conception graphique :
    Lorette Mayon.
    Hachette Livre, 43, quai de Grenelle, 75015 Paris.
    ISBN : 978-2-01-204041-0


















    — Espèce de traître perfide ! s’exclame Diesel, en frappant la cloison du Phénix, tandis que Peri et lui traversent le couloir menant à la passerelle. Je propose qu’on pousse Otto dans le sas, qu’on le largue au beau milieu des étoiles et qu’on laisse les requins de l’espace se régaler !
    Dressée sur sa tête, la crête du demi-Martien brille d’un orange vif, comme à chaque fois qu’il pique une colère.
    Peri lève la main pour l’apaiser.
    — Si on se débarrasse d’Otto, les Meigwors vont se venger sur Sélène ! On devra encore le supporter quelque temps, mais je refuse de le laisser nous mener à la baguette.
    — Otto ne cèdera pas sans se battre.
    — Eh bien, s’il veut la bagarre, il l’aura ! réplique Peri. À nous deux, on devrait réussir à le désarmer et à reprendre les commandes du vaisseau.
    Arrivés à la porte de la passerelle, Peri presse un bouton de sa ceinture et Diesel l’imite aussitôt. La surface de leur combinaison d’expédition devient dure et brillante, comme une sorte d’armure ; des gantelets d’acier jaillissent de leurs manches et leur recouvrent les mains, tandis qu’un casque en plexiglas se déploie depuis le col de leur blouson. Puis Peri effleure la cloison, et un panneau coulisse pour laisser apparaître un compartiment rempli de pulvérisateurs, de blasters et de zapsters de formes et de tailles variées.

    Diesel s’empare d’une petite arme noire dotée d’un canon large et rectangulaire.
    — J’ai déjà vu un de ces trucs dans nos manuels, commente le Martien. C’est un désintégrateur !
    Il tire une fiole de sa poche, la pose sur le rebord du compartiment et appuie sur la détente. En un battement de cils, l’objet se transforme en un petit tas de cendre grise !
    — Ouh là ! s’exclame Peri. Mieux vaut garder cette arme pour les cas de vie ou de mort !
    Il ramasse une poignée de capsules vertes dont la taille ne dépasse pas celle de gros haricots.
    — Ça, je connais. Des paralynades, c’est ça ?
    Diesel hoche la tête.
    — Ça peut immobiliser quelqu’un pendant près d’une heure !
    — Je préfère ça, réplique Peri. On pourra s’en servir contre Otto, si nécessaire.
    Ils remplissent leurs poches de plusieurs poignées de capsules, puis attrapent un désintégrateur chacun, histoire d’être pris au sérieux. D’un signe de tête, les deux cadets s’élancent vers la porte de la passerelle, mais des cris étouffés parviennent aux oreilles de Peri.
    — On dirait qu’ils sont plusieurs, là-dedans ! dit-il en saisissant le bras de Diesel.
    La porte coulisse et les cadets découvrent trois énormes gardes xions en train d’attaquer Otto. Leur armure de combat noire leur donne l’apparence d’insectes géants. Son arme brandie devant lui, le Meigwor parvient encore à les tenir en respect, mais plus pour longtemps.
    Peri et Diesel échangent un regard.
    — Comment nous ont-ils retrouvés ? demande Diesel.
    Peri hausse les épaules.
    — On a enlevé leur prince. Rien d’étonnant à ce qu’ils nous poursuivent jusqu’au bout de l’univers !
    — Alors, on fait quoi ? l’interroge Diesel.

    D’instinct, Peri combattrait les intrus. D’un autre côté, Otto a bien mérité une petite punition pour avoir enlevé le prince… Une zone de la passerelle se met soudain à trembloter, et l’air se solidifie en un autre soldat xion, une matraque électrique entre les pinces.
    Peri sent son estomac se nouer : il n’y a plus personne aux commandes ! Sans personne pour diriger le vaisseau, ils risquent à tout moment de percuter un astéroïde ou une planète !
    Trois autres gardes xions se téléportent à bord et se jettent dans la mêlée.
    — On n’a pas vraiment le choix, explique Peri. On doit intervenir.
    Un sourire figé sur les lèvres, Diesel hoche la tête et fait craquer ses jointures.
    Peri sort de sa poche une poignée de paralynades et les jette aux pieds des Xions les plus proches. Les capsules explosent, et des volutes de fumée grise se mettent à tournoyer autour des soldats.

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  • Coldtown, cité des vampires

    Holly Black

    Parution : 4 Septembre 2013 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015


    chapitre 1


    Rien ne peut nous arriver de plus beau que la mort.
    Walt Whitman

    Tana se réveilla dans une baignoire. En chien de fusil, la joue appuyée au métal froid du robinet. Un filet de salive avait imbibé son haut au niveau de la clavicule et mouillé l’extrémité de ses mèches. Sinon, elle était complètement sèche, vêtements compris, ce qu’elle constata avec une espèce de soulagement. Elle avait la nuque raide, les épaules endolories. Elle contempla avec hébétude le plafond, sur lequel la moisissure dessinait des taches semblables à celles d’un test de Rorschach. Durant un instant, elle se sentit totalement désorientée. Dérapant sur l’émail, elle se mit à genoux et écarta le rideau de douche.
    Le lavabo dégorgeait de gobelets en plastique, de bouteilles de bière et d’essuie-mains jetés à la va-vite. Le fenestron situé au-dessus des toilettes laissait passer une chaude lumière jaune d’été finissant filtrée par les ombres vacillantes des guirlandes d’ail suspendues à l’encadrement.
    Une fête. C’était ça. Elle avait participé à une méga-bringue.
    — Ouille ! marmonna-t-elle.
    Le sang battait sourdement contre ses tempes douloureuses. Elle se rattrapa au rideau, arrachant trois anneaux au passage.
    Elle se remémorait s’être préparée pour l’occasion. Bracelets qui tintinnabulaient lorsqu’elle bougeait, bottes rouge sang à bout ferré qu’elle mettait des heures à lacer et que, mystérieusement, elle n’avait plus aux pieds. Elle se rappelait avoir fardé ses yeux bleu pâle d’un trait de crayon noir luisant avant d’embrasser le miroir pour se souhaiter bonne chance. Après, ses souvenirs étaient plutôt confus.
    Tana se redressa et tituba jusqu’au lavabo, où elle s’aspergea le visage d’eau. Son maquillage avait coulé : traînée de rouge à lèvres sur la joue, coulures de mascara. La manche de la robe baby-doll blanche qu’elle avait empruntée à sa mère était déchirée. Sa chevelure noire était embroussaillée au point qu’elle ne parvint pas à y remettre de l’ordre avec ses seuls doigts. Bref, elle avait tout d’un mime débauché.
    Le pire, c’est qu’elle était quasi certaine d’avoir perdu connaissance dans la salle de bains alors qu’elle s’efforçait d’éviter son ex, Aidan, ainsi que sa nouvelle copine. Ils avaient joué à un jeu appelé la Dame ou le Tigre. Le principe était de parier sur quel côté retombait une pièce lancée en l’air : face (la dame) ou pile (le tigre). Qui perdait devait vider son verre cul sec. Ensuite, ils avaient dansé comme des dingues tout en buvant du whisky au goulot. Aidan avait harcelé Tana pour qu’elle roule un patin à sa petite amie aux cheveux blond vénitien et à la bouche boudeuse, celle qui arborait au cou un collier de chien qu’elle avait trouvé dans le vestibule. Il avait argué que ce serait comme une éclipse de la lune et du soleil dans le ciel, une union entre tout ce qui était ombre et lumière. Tana lui avait rétorqué que la seule éclipse susceptible de se produire serait dans son slip, mais il avait insisté, tenace, agaçant. L’alcool chantait dans les veines de Tana, la transpiration oignait sa peau, et elle avait ressenti l’appel de la dangereuse témérité qui lui était si familière. Elle avait toujours eu du mal à dire non à Aidan et à son visage de chérubin espiègle. Malheureusement, il le savait.
    Avec un soupir, Tana ouvrit la porte donnant sur le couloir. Elle n’était même pas verrouillée, n’importe qui aurait pu entrer au cours de la nuit alors qu’elle était effondrée derrière le rideau de douche. Vous parlez d’une humiliation ! L’air était lourd de relents de bière renversée et d’une autre odeur, métallique et douceâtre comme la mort. Dans la pièce voisine, la télévision ronronnait et, en se rendant à la cuisine, la jeune fille perçut la voix basse d’un présentateur de JT. Les parents de Lance l’autorisant à organiser des fêtes dans la vieille ferme familiale, il avait la maison pour lui presque tous les week-ends, la seule condition étant de s’y claquemurer du crépuscule jusqu’à l’aube. Tana avait été invitée à de multiples fiestas. D’ordinaire, les lendemains résonnaient de cris, de bruits d’eau, de cafetière et de petits déjeuners concoctés avec deux œufs et des bouts de pain sec. On faisait la queue devant les deux salles de bains, les gens cognaient à la porte si vous vous y attardiez trop longtemps. Tout le monde voulait se soulager, se laver et changer de vêtements. Ce charivari aurait dû la réveiller.
    Si elle avait dormi malgré tout, si les autres étaient déjà partis pour un restaurant en ville, elle n’avait pas fini d’en faire les frais. On la charrierait parce qu’elle avait pioncé au fond de la baignoire pendant qu’il avait pu se passer toutes sortes de choses dans la pièce, des photos risquaient même d’avoir été prises, des blagues idiotes fuseraient, dont on lui rebattrait les oreilles dès que les cours auraient recommencé. Elle pouvait s’estimer heureuse qu’ils ne lui aient pas dessiné une moustache !
    Si Pauline avait été là, rien de tout cela n’aurait eu lieu. Lorsqu’elles se soûlaient, elles avaient l’habitude de se coucher ensemble sous la table de la salle à manger, blotties comme des chatons dans leur panier. Aucun garçon, même pas Aidan, n’avait alors le cran de les déranger et d’affronter la langue de vipère de Pauline. Malheureusement, cette dernière était en stage de théâtre. Tana était venue à la bringue seule, par ennui.
    La cuisine était déserte, des flaques d’alcool et de soda à l’orange s’étalaient sur les plans de travail, absorbées en partie par des chips éparpillées çà et là. Tana s’emparait de la cafetière lorsque, de l’autre côté du sol en lino noir et blanc, derrière la porte donnant sur le salon, elle aperçut une main dont les doigts s’étiraient, alanguis par le sommeil. Elle se détendit. Personne n’était encore debout, un point c’est tout. Elle était sans doute la première levée. Pourtant, elle repensa au soleil s’engouffrant par la fenêtre de la salle de bains, qui lui avait semblé déjà haut dans le ciel.
    À force d’observer cette main, elle lui trouva une étrange pâleur. Autour des ongles, la peau avait bleui. Son cœur se mit à battre, signe que son corps réagissait avant son cerveau. Lentement, elle reposa la cafetière et se força à traverser la cuisine, pas à pas, jusqu’à ce qu’elle atteigne le seuil du salon.
    Elle eut du mal à ne pas hurler.
    La moquette marron clair était noircie et raidie par des éclaboussures de sang séché qui évoquaient une toile de Jackson Pollock. Pareil pour les murs beige terne, maculés par des empreintes sanguinolentes. Sans parler des cadavres. Des dizaines de corps. Les personnes qu’elle connaissait depuis l’école primaire, avec lesquelles elle avait joué à chat, qui l’avaient fait pleurer, qu’elle avait embrassées gisaient dans des positions peu naturelles, blêmes et froides, les yeux écarquillés fixant le néant comme des poupées alignées dans une vitrine.
    La main à ses pieds appartenait à Imogen, une jolie fille dodue aux cheveux roses qui avait eu l’intention d’entrer aux beaux-arts l’année suivante. Ses lèvres étaient entrouvertes, sa robe bleu marine imprimée d’ancres était retroussée au point de dévoiler ses cuisses. Apparemment, elle avait été rattrapée alors qu’elle tentait de s’éloigner en rampant : elle tendait un bras, l’autre s’enfonçait dans la moquette. Tana eut un moment de recul avant de rassembler son courage et d’entrer dans la pièce.
    Les cadavres d’Otta, d’Ilaina et de Jon étaient entassés les uns sur les autres. Elles étaient à peine revenues d’un camp pour pom-pom girls et avaient entamé la fête par une série de pirouettes dans le jardin, juste avant le coucher du soleil, tandis que les moustiques envahissaient l’air tiède. À présent, leurs fringues étaient incrustées d’un sang pareil à de la rouille, qui avait teint leurs cheveux et formé des taches de rousseur sur leur visage. Les pupilles de leurs prunelles ouvertes à jamais étaient vitreuses.
    Tana découvrit Lance sur un canapé, les bras passés autour des épaules d’une fille d’un côté, d’un garçon de l’autre. Le cou de chacun était déchiqueté par de profondes marques de dents. Tous trois avaient encore une bouteille de bière à la main, à croire qu’ils faisaient toujours la fête. À croire que leurs lèvres d’un blanc bleuté s’apprêtaient à prononcer leur prénom.
    La jeune fille fut prise de vertige, et le salon parut tanguer autour d’elle. S’affaissant sur le sol détrempé d’hémoglobine, elle s’assit, tandis que les battements à ses tempes forcissaient. Sur l’écran de télévision, quelqu’un nettoyait un plan de travail en granite à l’aide d’un détergent à l’orange, pendant qu’un enfant souriant léchait la confiture de sa tartine.
    La jeune fille remarqua soudain que l’une des vitres béait. Le rideau voletait. L’atmosphère avait dû devenir étouffante, avec tous ces gens qui transpiraient dans un espace exigu et aspiraient à un peu d’air frais. Une fois la croisée ouverte, il avait dû être facile d’oublier de la refermer. Après tout, l’ail pendait toujours du plafond, les récipients d’eau bénite s’alignaient sur les rebords des fenêtres. Ce genre de catastrophes se produisaient en Europe, en Belgique par exemple, où malgré les rues grouillantes de vampires les boutiques ouvraient tard le soir. Mais pas ici. Pas dans la ville de Tana, qui n’avait subi aucune attaque depuis plus de cinq ans.
    Et pourtant, c’était arrivé. Une fenêtre qu’on avait négligé de sécuriser avant la nuit, ce qui avait permis à un vampire de s’infiltrer dans la maison.
    Tana devait trouver un téléphone et appeler… quelqu’un. Pas son père. Il était incapable de gérer la situation. La police ? Ou un chasseur de vampires, comme le Hemlock de la télé, l’ancien lutteur chauve taillé comme une armoire à glace et toujours bardé de cuir. Lui saurait quoi faire. La petite sœur de Tana avait un poster de lui scotché à l’intérieur de son casier, juste à côté de divers portraits du blond Lucien, son habitant préféré de Coldtown. Pearl serait aux anges, si Hemlock débarquait : elle pourrait enfin lui demander un autographe.
    Tana se mit à rire. Consciente que ce n’était ni le lieu ni le moment, elle plaqua les mains sur sa bouche pour étouffer le bruit. On ne riait pas devant les morts. C’était comme de s’esclaffer à un enterrement.
    Les yeux vides de ses camarades la fixaient.
    Le présentateur annonça des averses éparses pour la fin de la semaine. Les cours de la Bourse étaient à la baisse.
    Se rappelant que Pauline n’avait pas participé à la bringue, Tana fut submergée par un soulagement si intense et égoïste qu’elle n’en éprouva aucune culpabilité. Pauline était vivante, alors que tous leurs amis avaient succombé.
    Quelque part dans la pièce où s’entassaient les vêtements des invités, un téléphone retentit. Un remix grêle de Tainted Love qui finit par s’interrompre, alors que deux autres portables se déclenchaient presque en même temps, leurs sonneries respectives formant une mélodie discordante.
    Les infos cédèrent la place à une émission sur trois hommes qui cohabitaient dans un même appartement en compagnie d’un crâne blagueur. Les rires préenregistrés braillaient chaque fois que le crâne ouvrait la bouche. Tana se demanda si elle rêvait. Les minutes s’écoulèrent.
    Elle se fit violence. Il fallait qu’elle se relève et se rende dans la chambre d’amis afin de dénicher son sac, ses bottes et ses clefs de voiture au milieu des vestes et des blousons. Son téléphone portable était là-bas aussi. Elle en aurait besoin pour prévenir les secours.
    Elle devait se bouger. Là, tout de suite.
    Soudain, elle songea qu’il y avait sûrement un appareil plus près, dans la poche de l’un des corps ou coincé entre la peau froide et la bretelle en dentelle d’un soutien-gorge. Toutefois, la perspective de fouiller des cadavres lui était intolérable. « Debout ! » s’exhorta-t-elle.
    Se redressant, elle se fraya un passage entre les défunts en s’efforçant d’ignorer les crissements de la moquette sous ses pieds nus ainsi que l’odeur de décomposition qui commençait à fleurir. Un souvenir lui revint d’un cours d’instruction civique en seconde. Leur prof leur avait parlé du fameux raid entrepris dans la ville de Corpus Christi, au Texas. L’État avait décidé de fermer sa Zone froide et y avait envoyé ses chars en plein jour. Tout humain s’y trouvant et susceptible d’avoir été infecté avait été tué à bout portant. Même la fille du maire n’en avait pas réchappé. De nombreux vampires endormis avaient été également anéantis, soit qu’on leur ait planté un pieu en plein cœur dans leur repaire avant de leur trancher la tête, soit qu’on les ait directement exposés au soleil. À la nuit tombante, les rares survivants étaient parvenus à liquider les sentinelles qui gardaient les portes de la ville et à s’enfuir, laissant dans leur sillage des dizaines de victimes vidées de leur sang et contaminées. Les vampires de Corpus Christi restaient aujourd’hui encore une proie de choix pour les chasseurs de primes que ne cessait de montrer la télévision.
    Pour ce cours, chaque élève avait dû présenter un exposé personnel. Tana avait fabriqué un diorama à l’aide d’une boîte à chaussures et de tonnes de peinture rouge afin d’illustrer un article qu’elle avait découpé dans le journal : trois monstres s’étant échappés de la Zone froide de Corpus Christi avaient investi une maison et exterminé ses habitants avant de se reposer parmi les cadavres en attendant l’obscurité.
    Dès lors, elle se demanda s’il était possible qu’un vampire soit encore dans la ferme de Lance, le même qui avait massacré tous ses amis. Qui, par hasard, l’avait épargnée, trop avide de sang et trop plongé dans sa boucherie pour se donner la peine de chercher dans les placards fermés ou la salle de bains, qui n’avait pas pensé à écarter le rideau de douche. Il l’assassinerait, désormais, si jamais il l’entendait bouger.
    Son cœur se mit à battre comme un fou dans sa poitrine, au point qu’elle eut l’impression de recevoir une volée de coups. « Idiote, lui disait ce cœur. Idiote, idiote, idiote ! »
    Prise de tournis, le souffle court, Tana comprit qu’il valait mieux qu’elle se rassoie et mette la tête entre ses genoux. C’est ainsi qu’on était censé se calmer lors d’une crise de panique. Sauf que, si elle agissait comme ça, elle risquait de ne plus se relever. Aussi, elle s’imposa de respirer profondément et d’expirer le plus lentement possible.
    Elle avait envie de se ruer dehors, de traverser la pelouse à toutes jambes et d’aller cogner à la porte des voisins jusqu’à ce qu’ils la recueillent. Sans portable ni chaussures, elle avait cependant de fortes chances de s’exposer à des tas d’ennuis s’il n’y avait personne. La maison des parents de Lance était perdue dans la campagne, à l’orée d’un parc naturel. Les voisins n’étaient pas nombreux. Par ailleurs, Tana savait que, une fois sortie, elle ne rentrerait pour rien au monde dans cette ferme.
    Elle était partagée entre son impulsion de se sauver et le désir de se rouler en boule comme un cloporte, de fermer les paupières, de fourrer la tête entre ses bras et de jouer à puisque-je-ne-vois-pas-les-monstres-ils-ne-me-voient-pas-non-plus. Malheureusement, aucune de ces options n’allait la sauver. Il fallait qu’elle réfléchisse.
    Le soleil, filtré par les feuilles des arbres, dessinait des taches pommelées sur la moquette. Un soleil de fin d’après-midi, certes, mais du soleil quand même. Tana se raccrocha à cette idée. Un nid de vampires pouvait toujours se planquer à la cave, ceux-ci n’en émergeraient pas – ne pourraient en émerger – avant le crépuscule. Elle devait s’en tenir à son plan : gagner la chambre d’amis, récupérer ses bottes, son portable et ses clefs de voiture. Puis filer et avoir la pire frousse de sa vie. Elle s’autoriserait à hurler, voire à s’évanouir, dès lors qu’elle serait à l’abri dans son véhicule, loin d’ici, vitres et portières verrouillées.
    Prudemment, très prudemment, elle retira chacun de ses bracelets métalliques et les déposa par terre afin qu’ils ne cliquettent pas quand elle avancerait.
    Ensuite, elle traversa la pièce, plus consciente que jamais des planches qui craquaient et de son souffle court. Elle imagina des crocs dans l’ombre ; elle imagina des mains froides transperçant le lino de la cuisine et lui griffant les chevilles pour la tirer vers l’obscurité. Elle eut le sentiment de mettre des heures à atteindre la porte de la chambre et à en tourner la poignée.
    Un petit cri lui échappa, en dépit de ses résolutions.
    Aidan était ligoté au lit, les membres attachés aux quatre pieds par des tendeurs. De l’adhésif argenté était collé sur sa bouche, mais, au moins, il était vivant. Pendant un long moment, Tana ne fut capable que de l’observer, sous le choc de ce qu’elle découvrait. On avait fixé des sacs-poubelle noirs sur les fenêtres afin d’empêcher toute lumière d’entrer. À côté du lit, enchaîné et bâillonné, au milieu des vêtements qu’on avait jetés à terre, il y avait un autre garçon, aux cheveux de jais. Il leva la tête vers elle. Ses prunelles étaient aussi étincelantes que des rubis. Et tout aussi rouges.


    Chapitre 2


    Nous nous battons tous contre notre propre remède,
    car la mort est le remède à tous les maux.
    Sir Thomas Brown

    À l’époque où Tana avait six ans, les vampires étaient des marionnettes qui vous apprenaient à compter ou des méchants de dessins animés en cape noire doublée de polyester rouge. Les enfants se déguisaient en vampires à Halloween, arborant de fausses dents qui collaient mal aux leurs et se barbouillant de sirop à la grenadine rouge vif en guise de dégoulinades sanguinolentes.
    Tout avait changé avec Caspar Morales. Les livres et les films ayant héroïsé les vampires s’étant multipliés au siècle dernier, il n’avait fallu qu’un peu de temps pour que l’une de ces créatures décide de romancer sa propre vie. Caspar, tout à sa dinguerie romantique, avait annoncé que, contrairement à ses pairs aux vues rigides, il renonçait à tuer ses victimes. Il les séduirait, boirait un peu de leur sang, puis s’en irait de ville en ville. Il avait ainsi réussi à infecter des centaines de gens avant que ses prédécesseurs le rattrapent et le réduisent en charpie. Or les vampires créés par Caspar, qui n’avaient pas la moindre idée de la manière dont empêcher l’épidémie, avaient à leur tour contaminé des milliers d’autres personnes.
    Les premières violences s’étaient manifestées dans la ville natale de Caspar, la bourgade de Springfield, dans le Massachusetts. Tana avait alors dans les sept ans. Springfield n’étant qu’à environ soixante-quinze kilomètres de chez elle, les événements avaient fait la une des gazettes locales avant d’être repris par les médias nationaux. Au début, la chose avait ressemblé à un canular de journaliste. Mais une deuxième série d’incidents s’était déroulée à Chicago, une troisième à San Francisco et une quatrième à Las Vegas. Une jeune femme surprise à tenter de mordre un croupier avait explosé en un fulgurant incendie lorsque les policiers l’avaient tirée hors du casino pour l’installer dans leur voiture de patrouille. Un homme d’affaires avait été découvert terré dans son penthouse, entouré par des cadavres grignotés. Dans le quartier de Fisherman’s Wharf, par une nuit brumeuse, une fillette avait tendu les bras à tout adulte lui proposant de l’aider à retrouver son père avant de lui planter ses crocs dans la gorge. Une danseuse de burlesque avait introduit une dégustation de sang dans son numéro. Les membres du public intéressés devaient le signaler aux serveuses avant d’assister à son show. Lorsqu’ils en repartaient, ils étaient généralement affamés.
    L’armée avait élevé des barricades autour de tous les coins des villes où s’était manifestée l’infection. C’est ainsi qu’avaient été fondées les premières Zones froides, ou Coldtowns.
    La BBC avait déclaré que le vampirisme était un problème américain. Cependant, les problèmes suivants étaient intervenus à Hong Kong et Yokohama, puis à Marseille et à Brecht, et enfin à Liverpool. L’épidémie s’était ensuite répandue dans toute l’Europe comme une traînée de poudre.
    À dix ans, Tana avait observé sa mère assise devant sa coiffeuse, se préparant pour une soirée avec un amateur d’art désireux de prêter quelques toiles à la galerie qu’elle dirigeait. Elle avait enfilé une jupe crayon et un haut en soie émeraude, coiffé ses cheveux courts en arrière avec du gel. Elle était en train de mettre ses perles d’oreilles.
    — Tu n’as pas peur des vampires ? lui avait demandé Tana.
    Languissamment appuyée contre la jambe de sa mère, elle sentait le grattement de ses collants sur sa joue et humait son parfum. D’ordinaire, ses parents rentraient toujours avant la nuit. Sa mère s’était contentée de rire. Il n’empêche, elle était revenue de son dîner malade. Un coup de froid, appelait-on cela, ce qui, au départ, paraissait plutôt inoffensif, à l’instar des rhumes qu’on attrape et qui vous donnent la goutte au nez et vous irritent la gorge. Mais ceci était un tout autre genre de froid, suite auquel la température de votre corps chutait, vos sens s’aiguisaient et votre soif d’hémoglobine vous submergeait.
    Si la victime d’un coup de froid buvait du sang humain, l’infection mutait. Elle tuait le porteur, qui ressuscitait ensuite, encore plus glacé qu’avant. Un froid complet et définitif.
    D’après les centres pour le contrôle et la prévention des maladies, il n’existait qu’un remède. Il fallait interdire toute absorption de sang humain à la personne contaminée jusqu’à ce que son corps évacue le virus, étape susceptible de prendre quatre-vingt-huit jours. Aucune clinique ne fournissait ce genre de service. Au début, les hôpitaux s’étaient contentés de bourrer les malades de sédatifs. Ils y avaient renoncé lorsqu’une femme d’âge moyen fort riche était sortie du coma et avait attaqué un médecin. Certains réussissaient à tempérer leur soif en recourant à l’alcool ou à la drogue ; la plupart n’y arrivaient pas. Dès que la police découvrait un cas éventuel, la victime était aussitôt mise en quarantaine et déportée dans une Zone froide. Cette perspective avait terrifié la mère de Tana. Aussi, deux jours après sa contamination, une fois les frissons passés et la faim éveillée, elle avait accepté d’être enfermée dans la seule partie de la maison dont elle ne pourrait pas s’échapper.
    Tana n’avait pas oublié les hurlements qui étaient montés de la cave une semaine plus tard. Des cris qui duraient toute la journée, pendant que son père était au travail, toute la nuit aussi, quand il poussait le volume de la télévision à fond pour couvrir le bruit et buvait jusqu’à sombrer dans un sommeil abruti d’alcool. L’après-midi, après les cours, entre deux crises de rage, la mère de Tana appelait sa fille, la suppliait, l’implorait de la laisser sortir. Elle promettait d’être sage. Elle affirmait aller mieux, s’être débarrassée de la maladie.
    « Je t’en prie, Tana. Tu sais bien que je ne te ferais jamais de mal, ma petite fille chérie. Que je t’aime par-dessus tout, plus que ma propre vie. Ton père ne comprend pas que je suis guérie. Il ne me croit pas et il m’effraie, Tana. Il va me garder prisonnière jusqu’à la fin de mes jours. Il ne me libérera jamais. Il a toujours essayé de me dominer, toujours redouté mon caractère indépendant. S’il te plaît, Tana, s’il te plaît. Il fait froid, dans la cave, des bestioles me grimpent dessus dans le noir, et tu sais combien je déteste les araignées. Mon bébé, mon bébé d’amour, mon trésor, j’ai besoin que tu m’aides. Tu as peur, mais si tu m’ouvres nous serons ensemble, toi, Pearl et moi. Nous irons au parc, nous mangerons des glaces et nous nourrirons les écureuils. Nous creuserons le jardin pour embêter les vers de terre. Nous serons de nouveau heureuses. Tu vas aller chercher la clef, hein ? Va chercher la clef. Je t’en prie, la clef. Par pitié, Tana. Je t’en supplie. Prends la clef. Prends la clef. »
    Assise près de la porte, les doigts dans les oreilles, Tana pleurait encore et encore, couverte de morve et de larmes. La toute petite Pearl la rejoignait en vacillant sur ses jambes encore mal assurées et en pleurant elle aussi. Elles sanglotaient en mangeant leurs céréales, elles sanglotaient en regardant les dessins animés, elles sanglotaient jusqu’à l’épuisement la nuit, tapies l’une contre l’autre dans le lit exigu de Tana. Pearl lui demandait d’arrêter les cris et suppliques de leur mère, ce que Tana n’était pas en mesure de faire.
    Quand leur père enfilait des gants de mailles comme ceux des écaillers qui ouvrent les huîtres et ses grosses chaussures de sécurité pour apporter à manger à leur mère, le soir, Pearl et Tana pleuraient de plus belle. Qu’il puisse également tomber malade les terrifiait. Il leur avait pourtant expliqué que seul un vampire était susceptible de transmettre l’infection, que leur mère était encore humaine, et donc incapable de le contaminer. Il leur avait expliqué que désirer du sang n’était guère différent du goût morbide pour la craie, le terreau ou la limaille de ceux atteints du pica. Il leur avait expliqué que tout allait s’arranger, à condition que leur mère n’obtienne pas ce qu’elle voulait, à condition que Tana et Pearl continuent de se comporter normalement et ne disent à personne que leur mère était malade, ni à leurs maîtresses, ni à leurs amis, ni même à leurs grands-parents qui, de toute façon, n’auraient pas compris.
    Il s’exprimait avec calme et raison. Puis il s’isolait dans la pièce voisine et ingurgitait une demi-bouteille de whisky. Pendant ce temps-là, les hurlements se poursuivaient.
    Il avait fallu trente-quatre jours à Tana pour qu’elle craque et promette à sa mère de la libérer. Il lui en avait fallu trente-sept pour qu’elle vole le trousseau de clefs dans la poche arrière du jean de son père. Une fois qu’il était parti au travail, elle avait déverrouillé les serrures l’une après l’autre.
    La cave sentait l’humidité, moisissures et minéraux, quand elle avait descendu l’escalier qui craquait. Les cris avaient cessé à l’instant où la porte s’était ouverte. Tana avait avancé dans un silence pesant, écorché par le frottement de ses chaussures sur le bois. Sur la dernière marche, elle avait hésité.
    Soudain, elle avait été renversée par une force brutale.
    Tana se rappelait ce qu’elle avait éprouvé, la brûlure infinie des dents sur sa peau. Bien qu’elles ne se soient pas encore entièrement transformées, les canines avaient quand même mordu dans sa chair comme deux épines jumelles ou les pinces d’une énorme araignée. Puis il y avait eu la douce pression d’une bouche, la douleur, et autre chose aussi, comme si on aspirait d’elle toute l’énergie de son corps.
    Elle s’était débattue, avait crié et pleuré, frappé avec ses petites jambes potelées, griffé de ses ongles roses d’enfant. Cela n’avait fait qu’ajouter à l’avidité de sa mère, qui avait déchiré l’intérieur de son bras, provoquant de petits jets de sang pareils aux crachats d’un pistolet à eau.
    Cela s’était passé sept ans auparavant. Les médecins avaient assuré à son père que ces souvenirs s’effaceraient, comme s’estomperait la vilaine cicatrice sur sa peau. Prédictions qui s’étaient révélées fausses dans les deux cas.


    Chapitre 3


    La mort est la fleur qui tombe pour que mûrisse le fruit.
    Henry Ward Beecher

    Aidan ouvrait des yeux terrorisés. Tout en tirant sur ses liens, il essayait de parler malgré le ruban adhésif. Si Tana ne comprit pas ce qu’il disait, elle ne douta pas un instant, à son ton, qu’il la suppliait de le détacher et de ne pas l’abandonner. Elle était prête à parier qu’il regrettait le jour où il avait oublié son anniversaire, la façon dont il l’avait larguée via un message sur Twitter et, à coup sûr, presque tout ce qu’il lui avait débité la veille au soir. Elle faillit céder de nouveau à des rires hystériques, qu’elle parvint cependant à ravaler.
    Glissant un ongle sous le Scotch, elle entreprit de le décoller le plus doucement possible. Aidan grimaça, ses prunelles caramel s’embuèrent. Dans la pièce, un raclement de chaînes interrompit Tana, qui regarda dans cette direction.
    C’était le vampire. Il tirait sur son collier en secouant la tête et la fixait avec intensité, comme s’il voulait lui communiquer quelque chose d’important. Il avait dû être craquant, de son vivant, l’était encore d’ailleurs, en dépit de sa pâleur monstrueuse qui trahissait sa nature, dont Tana était bien trop consciente pour se laisser subjuguer. Sa bouche semblait tendre, ses pommettes saillaient comme des lames, et sa mâchoire s’arrondissait, lui donnant une beauté décalée, originale. Ses cheveux étaient une masse hérissée de boucles noires crasseuses. Il flanqua un coup de pied au lit, dont la structure gémit, et secoua la tête derechef.
    Comme si elle allait laisser Aidan mourir à cause d’un joli vampire qui n’avait pas envie que son en-cas lui échappe !
    — Ça suffit ! lui intima-t-elle d’une voix plus forte qu’elle n’en avait eu l’intention.
    Parce qu’elle avait peur. Il fallait qu’elle grimpe par-dessus le lit, qu’elle aille jusqu’aux fenêtres et qu’elle arrache les sacs-poubelle. Ce type se consumerait aussitôt, noirci et réduit en cendres comme une étoile à l’agonie. Elle n’avait encore jamais assisté à pareil spectacle, ne l’avait vu que sur des vidéos YouTube, comme n’importe qui. Néanmoins, la perspective de tuer une créature attachée et bâillonnée puis de la regarder mourir lui donnait la nausée. Elle doutait d’en être capable.
    « Idiote, idiote, idiote ! » chantonna son cœur.
    Elle se tourna afin d’aider Aidan. Ses mains tremblaient, à présent.
    — Ne bouge pas, OK ?
    Il acquiesça, et elle retira la bande d’un geste brusque.
    — Aïe ! piailla Aidan.
    Avant de se jeter sur elle aussi sec, toutes dents dehors.
    Tana ?tait en train d?attraper la corde qui retenait l?un de ses poignets lorsqu?il attaqua. La brusquerie de son mouvement la d?stabilisa tant qu?elle perdit l??quilibre et tomba en arri?re sur la pile de v?tements en poussant un cri. Les canines encore ?mouss?es d?Aidan avaient juste ?gratign? son bras, non loin de sa cicatrice.

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  • Ghost recon ; combat ops

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    Parution : 1 Août 2013 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    Prologue— Vous me croyez coupable ?Elle grimace.— Ce que je crois n’a aucune importance.— Pour moi, si.— Comment voulez-vous que je me forge une opinion puisque je ne connais rien à votre histoire ?Je soupire et jure entre mes dents.Je suis le capitaine Scott Mitchell. Je fais partie d’un groupe des Forces spéciales de l’armée américaine, appelé « Ghost Recon », reconnaissance fantôme. Quand je suis en mission, je n’existe plus. Je pensais opérer en toute impunité.Pourtant, quand j’ai reçu l’ordre de rentrer au pays et que j’ai été mis aux arrêts, j’ai compris que tout avait changé. L’organisation qui m’avait aidé à travailler de manière clandestine et à effacer toutes les preuves des meurtres que j’avais commis avait été obligée de faire un exemple.Tout avait changé. J’avais changé. Il était impossible de revenir en arrière. Les gens n’ont pas besoin de parler. Ils peuvent vous inviter à les embrasser ou à les tuer d’un simple regard.La parole, ça n’a aucune valeur, mais j’ai rampé dans assez de trous à rats pour savoir que, pour certains, la vie en a encore moins.J’avais les autorisations. J’ai fait ce que j’avais à faire. Ils disent que j’avais le choix ; c’est faux ! Je n’ai jamais rien fait de plus difficile dans ma vie.Et maintenant, ils veulent que je paye pour mes péchés.Ça fait deux jours que je n’ai pas dormi. Avec l’humidité croissante ici, à Fort Bragg, j’ai du mal à respirer. Si je m’approche de la fenêtre et que je passe un doigt sur le carreau, il est mouillé. L’humidité, c’est tout ce que j’ai pour me tenir compagnie.Mon père m’a appris qu’il était plus facile de couper le bois dans le sens de la fibre que dans le sens contraire, et j’ai appliqué cette métaphore simpliste à l’armée. Je m’étais promis de rester apolitique, d’effectuer les missions, de respecter le sens de la fibre, non pour me défiler, mais pour être meilleur soldat.J’avais déjà vu les dégâts causés par des allégeances contradictoires et la jalousie sur le moral du soldat, et je voulais m’en protéger.Et pour quoi faire ? Ma vie n’est plus qu’une lame prise dans un sac de nœuds, et je mentirais si je disais que je n’ai pas une peur bleue.De nouveau, j’ai quatorze ans, papa m’annonce que maman vient de mourir, et je me demande comment on va s’en tirer, alors qu’elle faisait tout pour nous, qu’elle était le lien qui soudait la famille.Quand je pense à la prison, j’en ai le souffle coupé. Je suis pris de panique et, tout ce dont je suis capable, c’est me cacher derrière les sarcasmes et l’agressivité.Blaisdell, qui hoche la tête, s’est pointée avec trois heures de retard en avançant pour prétexte pourri une déposition qui avait traîné en longueur. Je lui ai dit de s’asseoir à la table de la cuisine pour qu’on discute de la manière de sauver ma peau.Elle m’a lancé un regard bizarre. Elle fait partie des JAG, la justice militaire. Elle doit avoir mon âge, dans les trente-cinq, trente-six ans, et porte des lunettes rectangulaires qui tiennent plus de la salope que de l’intellectuelle. Elle m’horripile.Elle lève le menton et grimace.— C’est vous ?— Quoi, moi ?— Cette odeur…Je me gratte la barbe et passe les doigts dans mes cheveux en brosse. D’accord, ça fait trois jours que je ne me suis pas lavé et je me laisse pousser la barbe depuis un mois.— Vous voulez attendre que je prenne une douche ?— Écoutez, capitaine, je fais ça pour rendre service à la sœur de Brown, mais vous pouvez choisir un autre avocat.Je hoche la tête.— Avant de rentrer au pays, Brown m’a parlé d’autres cas que vous avez défendus, qui ressemblaient au mien.Elle soupire.— Pas vraiment. Il n’y avait pas autant de témoins. Il existait un doute raisonnable. Il pouvait s’agir d’un accident. Chez vous, tout ce que j’ai lu exclut la thèse de l’accident.— Ce n’en était pas un.— Vous comprenez que vous risquez de tout perdre et de passer le reste de votre vie à Leavenworth ?Je la regarde sans sourciller.— Je vous sers un verre ? De l’alcool, évidemment ?— Non. Et vous feriez mieux de vous abstenir, vous aussi. Parce que, si vous voulez que je vous aide, je dois tout savoir. Pour l’instant, je n’ai que leur point de vue. J’ai besoin du vôtre.— On ne sait même pas pour quelle unité on travaille. On ne vous dit rien. On vous dit simplement compagnie D, premier bataillon, cinquième groupe des Forces spéciales. Vous avez déjà entendu parler des Ghosts ?— Non.— Rien d’étonnant. Ils tiennent à pouvoir tirer leur épingle du jeu. Bon, ils ont réussi, c’est moi le bouc émissaire.— Vous n’êtes pas un bouc émissaire ; personne ne vous a forcé la main.Je baisse la voix.— J’ai été briefé. On nous a montré un PowerPoint expliquant la situation. Ça devait illustrer la complexité de notre mission. Quelqu’un a dit que le graphique ressemblait à un plat de spaghettis, et tout le monde s’est mis à rire. Vous savez à quoi je pensais, moi ? À rien. Je m’en fichais.— Et pourquoi donc ?— On m’a donné une mission, et j’ai mis mes œillères. J’y suis allé et j’ai fait le boulot. En général, je me contrefiche de la politique. Je n’alimente pas la machine, je suis la machine. Cette fois…, ce n’était pas une mission.Ce n’est pas la guerre. C’est une illusion qui fait croire qu’on comprend et qu’on contrôle. Ils s’imaginent qu’ils peuvent tout ranger proprement, avec des codes couleurs, mais ils n’ont pas la moindre idée de ce qui se passe là-bas.Il faut avoir les deux pieds dans la gadoue, regarder autour de soi et comprendre que c’est juste… Je ne sais même pas ce que c’est…Elle fait la moue. Elle me considère comme le stéréotype du soldat usé et alcoolique qui se néglige. Qu’elle aille se faire foutre.— Vous vous fichez complètement de ce que je pense, c’est ça ?— Je suis là pour vous défendre.J’inspire profondément.— On dirait que ça ne vous enchante pas.— Capitaine, je sais par où vous êtes passé, je l’ai déjà vu avant. Vous êtes en colère, vous êtes bouleversé. Pourtant, vous feriez mieux de ne pas oublier que je suis votre seule chance.— Je vous repose la question : vous me croyez coupable ?Elle écarte ma question d’un geste de la main.— Commencez donc par le commencement. Il faut que je vous enregistre.Elle fouille dans son sac cabas de luxe et en sort une petite tablette équipée d’une caméra qu’elle pose sur la table. La caméra pivote automatiquement vers moi.Je fais la grimace devant l’objectif, je me lève et me dirige vers le comptoir de la cuisine, où est posée ma bouteille de scotch bon marché. Je me verse un verre et retourne à la table. Elle fronce les sourcils et regarde son téléphone portable.— Oh ! Je suis désolé si vous n’avez pas le temps, lui dis-je avant de boire mon verre.— Capitaine…— Vous avez des enfants ?Elle roule les yeux.— Nous ne sommes pas là pour parler de moi.— Je vous pose juste la question.— En fait, oui.Je souris légèrement.— Combien ?— J’ai deux filles.— Vous ne connaissez pas votre chance.— Bon, on peut avancer maintenant ? Je suppose que vous connaissez les règles de la relation client-avocat ? Tout ce que vous me direz sur la mission restera secret et confidentiel, bien sûr.Je termine mon verre, expire à travers la brûlure de l’alcool et plisse les yeux.— Bien, je vais vous dire une chose : je ne suis pas un meurtrier.

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  • La geste des princes démons T.4 ; le visage du démon

    Jack Vance

    Parution : 19 Mai 2013 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    collection dirigée par gérard klein
    Kirth Gersen a juré de tuer les cinq monstres, des princes-démons, qui ont jadis massacré ses parents et réduit sa famille en esclavage. Cette quête de la vengeance va l'amener à parcourir toute la Galaxie et à découvrir des mondes aussi insolites que dangereux.
    Lens Larque, son nouvel adversaire, est sans doute le plus brutal et le plus cruel. Son nom évoque pour tous un univers de supplices et de terreurs.
    L'approcher, c'est dîner avec le diable.
    Après Le Prince des étoiles, La Machine à tuer et Le Palais de l'amour, Le Visage du démon est le quatrième volume du célèbre cycle de Jack Vance, La Geste des princes-démons, qui en compte cinq.
    Le Livre des rêves qui conclut ce cycle paraîtra prochainement dans la même collection.

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  • Retour à Wolfe Manor

    Kate Hewitt

    Parution : 1 Janvier 2013 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015



    1.

    Lorsque le taxi de Mollie Parker s’arrêta devant l’entrée de Wolfe Manor, le manoir n’était qu’une masse sombre dans le lointain.
    — Et maintenant, mademoiselle ? demanda le chauffeur par-dessus son épaule. La grille est fermée.
    — Ah bon ?
    Mollie se redressa. Epuisée par le voyage, elle s’était assoupie, affalée sur ses bagages.
    — C’est curieux… En principe, elle reste ouverte en permanence.
    Sans doute, une fois de plus, des jeunes du village avaient-ils pénétré dans la propriété pour s’amuser à jeter des pierres contre les vitres encore intactes. La police avait dû prendre des mesures plus radicales qu’à l’ordinaire. Mollie sortit son portefeuille de son sac.
    — Ce n’est pas grave. Je vais descendre ici.
    La propriété était entièrement plongée dans l’obscurité et le chauffeur eut une moue sceptique. Il accepta néanmoins l’argent que lui tendait Mollie, puis il l’aida à sortir ses valises.
    — Vous êtes sûre, mademoiselle ?
    — Oui, j’habite juste là.
    Elle indiqua la haie qui courait le long de la grille.
    — Ne vous inquiétez pas, je trouverais mon chemin les yeux fermés.
    Elle avait arpenté le parc des milliers de fois avec son père ou en compagnie d’Annabelle, du temps où celle-ci vivait au manoir. La jeune femme quittait rarement la propriété, et c’était une de ses rares amies. Aujourd’hui, Annabelle était partie depuis longtemps, comme tous ses frères. Jacob, l’aîné, avait été le premier à déserter Wolfe Manor. A dix-huit ans, il avait disparu du jour au lendemain, tournant le dos à sa famille et laissant la propriété se délabrer peu à peu, sans se soucier des gens qui pourraient y dépérir en même temps que les pierres.
    Mollie s’efforça de chasser ces pensées de son esprit. C’était sans doute la fatigue qui la rendait morose. Son vol avait eu du retard, et elle avait attendu pendant des heures à Rome avant d’embarquer.
    Après le départ du taxi, elle resta seule dans l’obscurité. Même la lune n’était pas là pour l’accueillir… Elle soupira. Il fallait se rendre à l’évidence. Ce n’était pas seulement la fatigue qui l’incitait à remuer de vieux souvenirs. Après six mois passés à parcourir l’Italie, le retour était douloureux. Et très solitaire.
    A part elle, il ne restait plus personne à Wolfe Manor. Mais elle n’avait pas l’intention de s’y attarder. Une fois qu’elle aurait mis les affaires de son père dans des cartons, elle chercherait un logement dans le village, peut-être même dans la ville voisine. Un petit appartement propre et lumineux. Vide de souvenirs et de regrets.
    Elle pensa au carnet, dans sa valise, et à toutes les idées qu’elle y avait notées au cours de son voyage. Bientôt, elle réaliserait son rêve. Elle se lancerait dans l’aménagement paysager. L’avenir lui appartenait.
    Elle lissa la veste cintrée qu’elle avait achetée à Rome et tira sur son jean. Elle n’avait pas l’habitude de porter un pantalon aussi moulant… Ni des bottes en cuir aussi élégantes. Rien à voir avec ses vieilles bottes en caoutchouc ! Comme son carnet de projets, ces vêtements constituaient une première étape vers sa nouvelle vie. Son nouveau moi, en somme.
    Ragaillardie, elle se mit en marche, tirant ses valises derrière elle jusqu’à la haie. Celle-ci était touffue et épineuse, mais elle n’avait pas de secrets pour elle. Comme tout le domaine, d’ailleurs. A l’exception du manoir, dans lequel elle n’avait pénétré que deux ou trois fois. La vieille bâtisse avait toujours été un endroit sinistre marqué par le malheur, et Annabelle préférait la rejoindre dans le cottage du jardinier. Mais le parc, elle le connaissait comme sa poche. Elle s’y sentait chez elle, même si c’était une illusion.
    Après avoir longé la haie pendant quelques mètres, elle trouva le passage qu’elle était seule à connaître. Même les jeunes du village qui s’introduisaient régulièrement dans la propriété ne l’avaient pas découvert. Elle se glissa par l’ouverture et poursuivit son chemin.
    Le cottage du jardinier était dissimulé derrière une autre haie presque aussi élevée que la première, si bien qu’il était complètement indépendant du manoir. Comme le parc, le petit jardin qui l’entourait était plongé dans l’obscurité. Dans quel état était-il ? Envahi par la végétation et les mauvaises herbes, sans aucun doute. Elle était partie en plein hiver, alors qu’il était en sommeil, morne et figé par le gel. Mais à en juger par le parfum entêtant des roses, il était revenu à la vie. Le jardin de son père…
    La gorge de Mollie se noua, tandis qu’une image s’imposait à elle. Son père penché sur ses chères roses, un déplantoir à la main, promenant autour de lui un regard absent. Le monde avait changé, mais pendant des années, Henry Parker avait vécu dans l’univers clos de son esprit en déroute. Jusqu’à la fin… sept mois plus tôt.

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  • La fierté de Rafael

    Janette Kenny

    Parution : 1 Novembre 2012 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015



    1.

    Parmi la foule somptueuse rassemblée sur la Croisette, une seule beauté captivait l’attention de Rafael da Souza.
    Depuis le premier instant où il l’avait rencontrée, cinq ans plus tôt, sa fascination n’avait pas diminué d’un iota. Et elle ne diminuerait jamais. Rafael appartenait corps et âme à sa femme, Leila Santiago.
    Avant même de se marier, ils avaient décidé d’un commun accord d’attendre pour fonder une famille. Ils désiraient en effet se concentrer d’abord sur leurs carrières respectives, et profiter pleinement l’un de l’autre.
    Rafael fronça les sourcils en repensant à l’année qui venait de s’écouler. Les moments passés avec Leila pouvaient se compter sur les doigts d’une main. Sa carrière et la sienne avaient en effet connu un essor spectaculaire, dépassant tout ce qu’ils avaient pu imaginer. Mais cette ascension phénoménale avait eu son revers : ils s’étaient retrouvés séparés durant presque un an.
    Leila avait été impliquée dans deux tournées mondiales ; son beau visage et sa silhouette superbe avaient fait la couverture de tous les magazines de mode. De son côté, Rafael avait partagé son temps entre sa fonction de conseiller technique sur un film, et la mise au point d’un téléphone mobile ultra-performant, dont les applications surpassaient tout ce qui existait sur le marché.
    Lui et Leila avaient réussi à passer un seul week-end ensemble, à Aruba, après une séance photo effectuée aux Antilles. Il avait alors voulu lui parler de son désir de faire un enfant, mais le temps leur avait filé entre les doigts.
    — Nous en parlerons au Festival de Cannes, en France, avait promis Leila.
    Puis elle s’était penchée pour déposer des baisers brûlants sur le ventre nu de Rafael. Ensuite, ils avaient passé toute la nuit à faire l’amour avec passion.
    Le lendemain, leur brève escapade avait été terminée. Rafael était parti à l’aube, après que Leila lui eut annoncé qu’elle ne modifierait pas son emploi du temps pour l’accompagner au mariage de son frère Nathaniel. Cette nouvelle l’avait tellement blessé et mis en colère qu’il s’était contenté de répliquer d’un ton sec :
    — Très bien, nous nous reverrons donc en France.
    A présent, ils allaient passer une semaine entière sur la Côte d’Azur et leurs journées seraient bien remplies, mais leurs nuits leur appartiendraient tout entières. Aussi Rafael n’avait-il pas seulement l’intention de parler de la famille qu’il désirait tant fonder.
    A la pensée d’avoir des enfants avec Leila, une douce chaleur l’envahit. Leur maison serait vivante, résonnerait de rires, de joie. Rafael n’avait jamais connu cela. Sa mère l’avait aimé, certes, mais elle avait toujours occupé au moins deux emplois en même temps, pour pouvoir élever son fils et subvenir à leurs besoins. Petit garçon, il l’avait à peine vue.
    De leur appartement exigu de Wolfestone, il ne gardait que des souvenirs douloureux, étouffants. Rafael ne s’était senti libre que lorsqu’il avait échappé à cette atmosphère confinée, et s’était installé dans un appartement moderne, à Londres. Ensuite, quand il avait épousé Leila, ils avaient acheté un luxueux loft avec terrasse à Rio, bien loin du sombre climat de son enfance.
    Mais, désormais, Rafael voulait une vraie casa, entourée d’un jardin où ses enfants pourraient s’amuser, se créant de merveilleux souvenirs qu’ils conserveraient toute leur vie. Dans cette maison, ils se sentiraient en sécurité. Et aimés.
    Leila savait ce que ce rêve représentait pour lui et elle aussi désirait fonder une famille. A présent, avec un peu de chance, ils verraient bientôt leur projet se concrétiser.
    Quand sa femme se dirigea vers lui, il sentit le désir flamber en lui et un amour infini gonfler son cœur. Il en était toujours ainsi, chaque fois qu’ils étaient réunis.
    Elle était si belle… Un tel bonheur gagna Rafael qu’il eut soudain peur de cligner des yeux, de crainte de se réveiller avant de se rendre compte que Leila n’était qu’un mirage.
    Sous les crépitements des flashes, elle s’avança vers lui en arborant son célèbre sourire éblouissant. Le regard de la somptueuse top model n’était concentré sur rien ni personne, il le savait. C’était comme si elle savait comment faire l’amour avec les appareils photo braqués sur elle ; les photographes l’adoraient pour cela.
    Leila était un fantasme incarné, la perfection même. Celle avec qui tous les hommes rêvaient de faire l’amour, celle à laquelle toutes les femmes auraient voulu ressembler.
    Ses épais cheveux dorés travaillés en boucles savamment emmêlées encadraient le visage qui avait orné les magazines les plus célèbres. Leila avait commencé à poser pour les photographes à l’âge de treize ans. Mais la fillette d’alors avait disparu, remplacée par une créature sensuelle et sûre d’elle. Une femme qui avait travaillé dur pour que son corps parfaitement lisse et ferme soit infiniment désirable.

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  • L'héritier rebelle

    Lynn Raye Harris

    Parution : 1 Octobre 2012 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015



    1.

    Cara essuya ses paumes moites sur le satin de sa robe, espérant qu’elle n’y laisserait pas de marque. C’était le grand soir, la nuit la plus importante de sa carrière de croupière. Elle pria rapidement pour qu’une poussée de scrupules ne vienne pas tout gâcher.
    Bobby Gold lui avait demandé de tricher.
    Cette pensée lui donnait des palpitations. Cara prit une profonde inspiration pour se calmer. Elle pouvait le faire. Non, corrigea-t-elle mentalement, elle devait le faire. Les hommes qui allaient s’asseoir à sa table dans quelques minutes étaient tous richissimes, habitués à perdre sans ciller des millions sur une mauvaise carte. Qu’importait si ce soir, c’était à cause d’elle plutôt que par manque de chance ? Le résultat serait le même : leur vie n’en serait pas affectée.
    Aucun de ces hommes ne savait ce que c’était que de tout perdre et de devoir lutter pour survivre. Tout le contraire d’elle, qui se battait pour sauver sa famille depuis que l’ouragan Katrina avait détruit leur maison de La Nouvelle-Orléans. Une maison qui n’avait d’ailleurs pas été la seule victime des éléments : la tempête avait aussi révélé les noirs secrets de son père.
    Après le lâche départ de ce dernier, et la dépression de sa mère qui s’en était suivie, Cara avait travaillé dur, en tant qu’aînée, pour sauver ce qui pouvait encore l’être. Elle n’avait pas hésité un instant à sacrifier ses propres rêves. Ce soir, elle avait enfin l’occasion de dire adieu à ses problèmes d’argent.
    Si tout se déroulait comme prévu, elle pourrait loger convenablement sa mère et payer ses primes d’assurances, devenues exorbitantes après Katrina. Sa mère aurait pu déménager mais elle avait refusé. Cara, bien qu’irritée par son entêtement, devait admettre qu’elle la comprenait : il était difficile de quitter l’endroit où l’on était née. Et après le traumatisme de ces dernières années, de nouveaux bouleversements dans leur vie n’auraient pu qu’affecter sa sœur Evie et son petit frère Remy.
    Si tout se passait bien cette nuit, Remy aurait enfin accès aux soins spécialisés dont il avait besoin. C’était la considération la plus importante. S’il fallait tricher aux cartes pour cela, tant pis. Le bonus que Bobby lui avait promis, lorsqu’elle avait accepté de l’accompagner à Nice pour ouvrir ce nouveau casino, lui permettrait d’aider les siens et de reprendre sa vie en main.
    Evidemment, Bobby ne lui avait jamais parlé de tricher ; jusqu’à cette nuit…
    — Tu as bien compris ce que tu devais faire ? fit une voix suave dans son dos.
    Cara pivota, se composant une mine parfaitement neutre.
    — Bien sûr.
    Avec un clin d’œil, son patron lui décocha une petite claque sur les fesses. Cara fit de son mieux pour cacher sa répulsion. Elle n’avait jamais aimé cet homme, mais il était le roi des casinos de Las Vegas. Et son empire s’étendait, comme le prouvait ce nouvel établissement, au cœur d’un ancien palais niçois.
    Cara avait commencé sa carrière chez l’un des rivaux de Bobby. Ce dernier n’avait pas tardé à repérer son talent et à lui offrir un travail. D’abord réticente, elle n’avait pu résister longtemps au salaire mirobolant qu’il lui avait offert. Et, à l’exception d’une main baladeuse ou d’une œillade lubrique de temps en temps, elle n’avait pas eu de raison de le regretter.
    Du moins jusqu’à maintenant.
    La dent en or de Bobby scintilla lorsqu’il lui sourit. Cara s’était toujours demandé s’il s’agissait d’une affectation de sa part ou s’il avait vraiment besoin d’une fausse incisive. Quelle que soit la réponse, cet ornement la dégoûtait.
    — Veille à ce que les joueurs soient contents, pigé ? Sers-toi de tes seins : ce serait idiot d’en avoir de si beaux pour rien. Et garde l’œil sur le type que je te désignerai. Quand le pot sera assez élevé, il te fera signe.
    Cara sentit son visage s’enflammer. Elle n’aurait su dire si c’était parce que Bobby avait fait référence à sa poitrine ou parce qu’elle avait honte de ce qu’elle devait faire. C’était sans doute un mélange des deux. Elle était d’une honnêteté scrupuleuse et n’avait jamais triché de sa vie — contrairement à son père…
    De nouveau, elle lissa sa robe sur ses hanches, résistant à l’envie de refermer son décolleté. En temps normal, son uniforme se composait d’une longue jupe et d’une chemise blanche fermée par un nœud papillon. Ce soir, Bobby lui en avait fourni un tout autre : une minijupe en satin, un chemisier échancré rouge sang et un nœud papillon à porter à même la peau.
    « Fais ce que tu as à faire, se morigéna-t-elle. Demain, tu rentreras chez toi et tu ne verras plus jamais Bobby Gold. »
    — Je ferai de mon mieux, patron, répondit-elle avec une touche d’ironie.
    Le visage de Bobby se durcit ; ses petits yeux jetèrent un éclat cruel. Cara avait déjà vu ce regard. Un frisson la parcourut. Bobby, elle le savait, était capable de tout.

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  • Le temps des héros t.1 ; le feu bleu

    Michelle Paver

    Parution : 1 Août 2012 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015



    L’édition originale de cet ouvrage a paru en langue anglaise
    chez Puffin, an imprint of Penguin Books Ltd.,
    sous le titre :
    Gods and Warriors
    Text copyright © 2012, by Michelle Paver.
    All rights reserved.
    Traduit de l’anglais (Royaume-Uni)
    par Blandine Longre.
    Cover design © Puffin Books.
    Front cover photographs © Shutterstock, Arcangel and I-Stock images.
    © Hachette Livre, 2012, pour la traduction française.
    Hachette Livre, 43 quai de Grenelle, 75015 Paris.
    ISBN : 978-2-01-202715-2






    La flèche était noire, empennée de plumes de corbeau, mais Hylas ne pouvait en voir la pointe, fichée dans son bras.
    Tout en la tenant fermement, il dégringola la pente. Il n’avait pas le temps de l’arracher : les guerriers noirs devaient être tout proches.
    Il mourait de soif, et il était si fatigué qu’il n’avait pas les idées claires. Le Soleil tapait. Les broussailles épineuses n’offraient aucune cachette ; il se sentait affreusement exposé au danger. Cependant, il y avait pire encore : l’inquiétude qu’il éprouvait pour Issi, le chagrin mêlé d’incrédulité qui le saisissait au souvenir d’Ouste.
    Il trouva la piste qui descendait de la Montagne et, à bout de souffle, marqua une pause. Le chant des cigales retentissait à ses oreilles. Le cri d’un faucon résonna dans le défilé, en contrebas. Aucun bruit de poursuite. Avait-il réussi à les semer ?
    Il ne parvenait toujours pas à comprendre ce qui avait pu se passer. La veille au soir, Issi et lui avaient campé dans une grotte, sous le pic de l’est. À présent, sa sœur avait disparu, son chien était mort et lui, Hylas, était en fuite : un garçon maigre, sans vêtements ni couteau, qui ne possédait qu’une petite amulette crasseuse accrochée à son cou par une lanière de cuir.
    Son bras lui faisait atrocement mal. Sans lâcher la flèche, il avança, titubant, au bord du sentier. Des cailloux roulèrent vers la rivière le long de l’escarpement vertigineux. La gorge était si profonde et la pente si abrupte que ses orteils se trouvaient à la même hauteur que la cime des premiers pins. Devant lui se dessinaient les lointaines montagnes de la Lykonia, et derrière lui se dressait la plus imposante de toutes : le mont Lykas, aux cimes étincelantes de neige.
    Hylas pensa au village, un peu plus loin dans la gorge, et à son ami Telamon qui vivait dans la forteresse du Gouverneur, de l’autre côté de la Montagne. Les guerriers noirs avaient-ils incendié le village et assiégé Lapithos ? Mais alors, pourquoi n’y avait-il aucune fumée visible ? Pourquoi n’entendait-il pas les cornes de bélier sonner l’alerte ? Pourquoi le Gouverneur et ses hommes ne se défendaient-ils pas ?
    La douleur lui dévorait le bras. Il ne pouvait la supporter plus longtemps. Il cueillit une poignée de thym, puis arracha une feuille grise et soyeuse de molène, aussi douce et épaisse qu’une oreille de chien. Le garçon se rembrunit. Cesse de penser à Ouste.
    Ils étaient ensemble dans les moments qui avaient précédé l’attaque. Le chien était appuyé contre lui, ses longs poils constellés de graines de bardane. Hylas en avait ôté une ou deux avant de repousser le museau de l’animal et de lui ordonner d’aller surveiller les chèvres. Ouste s’était éloigné d’un pas tranquille, en remuant la queue et en lui lançant un dernier regard, comme pour lui dire : Je sais ce que je fais. Je suis un chien de berger, voilà à quoi je sers.
    Ne pense plus à lui, se dit Hylas avec véhémence.
    Les dents serrées, il empoigna la flèche. Inspira. Et tira.
    La douleur fut si violente qu’il manqua de s’évanouir. En se mordant les lèvres, il se balança d’avant en arrière, luttant contre les vagues rouges qui lui soulevaient le cœur. Ouste, où es-tu ? Pourquoi ne viens-tu pas lécher cette plaie pour me guérir ?
    En grimaçant, il broya le thym entre ses doigts et l’appliqua sur la blessure. D’une seule main, non sans mal, il parvint enfin à la panser en utilisant la feuille de molène ; il maintint celle-ci en place avec un brin d’herbe qu’il noua, puis serra à l’aide de ses dents.
    La pointe de la flèche gisait dans la poussière, là où il l’avait laissée tomber. Elle avait la forme d’une feuille de peuplier et son extrémité était effilée. Jamais il n’en avait vu de pareille. Dans les montagnes, les gens fabriquaient les pointes de leurs flèches avec du silex – ou, s’ils étaient riches, avec du bronze. Mais celle-ci était différente. C’était de l’obsidienne noire, luisante. Hylas avait reconnu ce matériau car la sybille du village, Iphia, en possédait un éclat. D’après elle, il s’agissait du sang de la Mère, craché des entrailles flamboyantes de la terre et transformé en pierre. Toujours selon la sybille, cette pierre venait d’îles lointaines, situées de l’autre côté de la Mer.
    Qui étaient les guerriers noirs ? Et pourquoi le pourchassaient-ils ? Hylas n’avait pourtant rien fait de mal.
    Avaient-ils découvert Issi ?
    Derrière lui, des pigeons jaillirent vers le ciel dans un grand bruissement d’ailes.
    Il fit volte-face.
    Depuis l’endroit où il se trouvait, la piste descendait en pente raide avant de disparaître dans un virage, derrière un éperon rocheux au-dessus duquel s’élevait un nuage de poussière rouge. Hylas perçut le bruit sourd de pas cadencés et le cliquetis des flèches dans les carquois. Son estomac se noua.
    Ils étaient de retour.

    Il grimpa au-dessus du sentier et, comme une chauve-souris, s’agrippa à un arbuste.
    Le martèlement se rapprochait.
    Fouillant le sol de ses orteils, il trouva une corniche. Il se glissa sur le côté, sous un surplomb, le visage plaqué contre une racine. Il jeta un coup d’œil vers le bas, ce qu’il regretta aussitôt : la vue sur la cime des arbres était vertigineuse.
    Ses poursuivants couraient à un rythme probablement exténuant. Hylas distingua des frottements de cuir et flaira la puanteur de leur transpiration, de même qu’une odeur âcre qui lui parut affreusement familière. Il l’avait déjà sentie la nuit précédente : la peau des guerriers était maculée de cendre.
    La saillie le dissimulait mais, à sa gauche, la piste prenait un virage et dominait la gorge. Il les entendit d’abord arriver ; puis, à travers une nuée de poussière rouge, il les vit apparaître : des armures noires de cuir brut et rêche, cauchemardesques, une forêt de lances, de dagues et de boucliers. Leurs longues capes noires flottaient derrière eux, pareilles à des ailes de corbeau ; sous leurs casques, leurs visages étaient gris.
    L’un d’eux lança un appel, si près d’Hylas que celui-ci en fut terrifié.
    Il retint son souffle. Le guerrier qui avait crié se trouvait juste au-dessus de lui.
    Plus haut sur le sentier, les autres firent demi-tour. Dans la direction d’Hylas.
    Il perçut les crissements des cailloux sous les semelles d’un homme qui revenait sur ses pas. Il ne semblait pas pressé. Hylas devina qu’il s’agissait du chef. De son armure s’échappait un tintement dur, étrange.
    — Regarde, dit celui qui avait appelé. Du sang.
    Hylas se figea. Du sang ? Tu as laissé du sang sur la piste.
    Il attendit.
    Le chef resta muet.
    Ce silence parut déconcerter le premier homme.
    — C’est sûrement celui du pâtre, s’empressa-t-il d’ajouter. Désolé. Tu le voulais vivant.
    De nouveau, aucune réponse.
    La sueur ruisselait le long des flancs d’Hylas. Tout à coup, il se souvint de la pointe de flèche, restée à terre. Pourvu qu’ils ne la remarquent pas.
    Il tendit le cou et vit une main se poser sur une grosse roche, au bord du sentier.
    C’était une main robuste, mais elle paraissait comme morte, enduite de cendre, les ongles tachés de noir. Le protège-poignet qui couvrait l’avant-bras était rouge sombre, comme un coucher de Soleil courroucé, et son éclat si lumineux qu’Hylas en fut ébloui. Il savait ce que c’était, même s’il n’en avait jamais vu de si près : du bronze.
    La transpiration mêlée de poussière coulait lentement dans ses yeux. Il osait à peine ciller. Les deux guerriers étaient si proches qu’il les entendait respirer.
    — Débarrasse-toi de ça, ordonna le chef.
    Sa voix sonnait creux. Pour Hylas, elle évoquait des endroits froids, hors de portée du Soleil.
    Quelque chose de lourd fut lancé par-dessus la corniche et faillit atteindre Hylas avant de s’écraser dans un arbre épineux à moins d’un mètre de lui ; l’objet oscilla un instant, puis s’immobilisa. En voyant de quoi il s’agissait, le garçon manqua vomir.
    Ce qui avait été un être humain n’était à présent plus qu’une chose atroce, un amas de sang noir et d’entrailles bleues, déchiquetées, tel un nid de vers. Hylas l’avait reconnu. Skiros. Pas un ami, non, mais un pâtre, comme lui. Un peu plus âgé que lui et impitoyable au combat.
    Le cadavre était trop près ; il aurait presque pu le toucher. Il perçut son fantôme, furieux, qui luttait pour se libérer. Si celui-ci découvrait Hylas, s’il se glissait dans sa gorge…
    — C’est le dernier d’entre eux, affirma le premier guerrier.
    — Et la fille ? demanda le chef.
    Hylas sentit la peur l’étreindre.
    — Elle n’a pas d’importance, pas vrai ? dit le guerrier. Ce n’est qu’une…
    — Et l’autre garçon ? Celui qui s’est enfui.
    — Je l’ai blessé. Il n’ira pas loin…
    — Dans ce cas, nous n’en avons pas terminé avec eux, coupa le chef d’un ton glacial. Pas tant que cet autre garçon sera en vie.
    — D’accord, répondit l’homme d’une voix craintive.
    Des cailloux crissèrent : ils gravissaient de nouveau la piste. Pourvu qu’ils poursuivent leur route, songea Hylas.
    Dans le lacet, à l’endroit où le sentier surplombait la gorge, le chef s’arrêta. Le pied en appui sur un rocher, il se pencha pour observer de nouveau la pente.
    L’homme qu’Hylas aperçut ressemblait à un monstre de ténèbres et de métal. Des jambières de bronze protégeaient ses mollets puissants. Une carapace, de bronze elle aussi, recouvrait son pagne de cuir noir. Son plastron de bronze martelé était surmonté de protège-épaules du même métal, d’une largeur redoutable. Il n’avait pas de visage, mais ses yeux étaient visibles, entre le protège-cou qui masquait sa bouche ainsi que son nez et le casque peint en noir, fabriqué à partir d’éclats de défense de sanglier, muni d’un couvre-joues et surmonté d’un cimier noir en crin de cheval. Seuls ses longs cheveux lui donnaient une apparence humaine. Ils étaient tressés à la manière des guerriers, en mèches pareilles à des serpents, chacune assez épaisse pour faire dévier une lame.
    Le chef allait peut-être finir par se sentir observé, pensa Hylas, sans pourtant parvenir à détourner le regard. Même s’il savait que les yeux invisibles, simple fente dans le visage de l’homme, fouillaient l’escarpement à sa recherche, le garçon ne pouvait s’empêcher de fixer cette tête casquée.
    L’espace d’un instant, la tête pivota vers l’amont.
    Fais quelque chose, se dit Hylas. Distrais son attention. S’il jette un coup d’œil en arrière et qu’il te voit…

    Hylas rassembla ses forces ; sans un bruit, il ôta une main de l’arbuste, la tendit vers l’arbre couvert d’épines où reposait Skiros et repoussa celui-ci. Le cadavre frémit, comme si ce contact lui était déplaisant.
    La tête casquée se retourna.
    Hylas, en équilibre, exerça une nouvelle pression sur Skiros. Le corps chuta, roula en rebondissant dans l’escarpement, en direction de la gorge.
    — Vous avez vu, gloussa l’un des guerriers. Il a pris la fuite !
    Des rires discrets parcoururent la troupe. Le chef, lui, resta silencieux. Il regarda le cadavre s’écraser en contrebas, puis s’écarta de la cachette d’Hylas.
    Les yeux remplis de gouttes de sueur, le garçon écouta leurs pas qui s’éloignaient sur le sentier.
    L’arbuste commençait à s’affaisser sous son poids. Hylas voulut se rattraper à une racine.
    Et la manqua.






    Hylas roula le long de la pente, jusqu’à la rivière. Des cailloux pleuvaient sur lui – en revanche, aucune flèche.
    Il atterrit la tête la première dans un buisson de genêt ; il s’efforça cependant de rester immobile, car il savait qu’un chasseur est capable de repérer le moindre mouvement en un rien de temps. Il était couvert de bleus et d’égratignures, mais il ne s’était apparemment rien cassé et n’avait pas perdu son amulette.
    Des mouches bourdonnaient à ses oreilles. Le Soleil lui brûlait le dos. Il finit par lever les yeux et scruta les alentours. Les guerriers noirs étaient partis.
    Le corps de Skiros, lui, gisait un peu plus loin sur l’escarpement. Du moins ce qu’il en restait. Ses entrailles jonchaient les rochers, tel un filet de pêche mis à sécher. Des vautours décrivaient déjà des cercles au-dessus de lui et le visage du pâtre était tourné vers eux, comme s’il cherchait à les observer.
    Son fantôme aurait besoin d’aide pour passer dans l’au-delà. Pourtant, Hylas ne pouvait se risquer à l’enterrer, ni à accomplir les rites.
    — Désolé, Skiros, marmonna-t-il. Ce sont les règles de la survie. On ne porte pas secours à quelqu’un qui ne pourra t’aider en retour.
    Des saules et des châtaigniers surplombaient la rivière. Quel soulagement de se retrouver à couvert ! D’un pas trébuchant, Hylas entra dans l’eau peu profonde, y tomba à genoux et s’y désaltéra. Il s’éclaboussa le corps, frémissant au contact des gouttes froides sur sa peau brûlante, éraflée. Il jeta un regard à son reflet déformé sur la surface de l’onde : ses yeux plissés, ses traits tirés par la tension, ses longs cheveux qui lui balayaient le visage.
    Boire l’avait calmé et, pour la première fois depuis l’attaque, il parvint à organiser ses pensées. Il lui fallait de la nourriture, des vêtements et un couteau. Et surtout, il lui fallait se rendre au village. Sachant que c’était le lieu le plus sûr, Issi avait dû s’y réfugier. C’est forcé, se dit-il, non sans virulence.
    Les criaillements des vautours emplissaient la gorge ; Skiros avait disparu sous un amas grouillant de longs cous et d’ailes poussiéreuses. Afin que le fantôme du pâtre ne soit pas tenté de le suivre, Hylas se hâta de cueillir des feuilles d’ail des bois et de les éparpiller dans son sillage – les fantômes se nourrissent des odeurs de nourriture ; plus elles sont agréables, plus ils s’en régalent. Puis il partit en courant dans le défilé, longeant la rivière.
    Il se sentait épié par les arbres et les rochers. Le trahiraient-ils ? Il avait grandi dans ces montagnes. Il connaissait leurs sentiers détournés et les habitudes des créatures sauvages – le cri de cet épervier, le lointain rugissement de ce lion. Il connaissait les ravines noircies par le feu qu’il fallait éviter à cause des Furieux.
    Cependant, plus rien n’était comme avant.
    Nous n’en avons pas terminé avec eux, avait déclaré le chef des guerriers. Il savait Hylas encore en vie. Et qu’avait-il voulu dire par « eux » ?
    Soudain, il prit conscience que Skiros n’avait pas seulement été un pâtre. Mais aussi un Paria.
    Tout comme Hylas. Et Issi. Aucun d’eux n’était né au village. Neleos, le chef, les avait trouvés dans la Montagne quand ils étaient petits et les avait mis au travail. L’été, les enfants gardaient ses chèvres sur les pics ; l’hiver, ils s’occupaient d’elles dans la gorge.
    Pourquoi les guerriers noirs s’en prendraient-ils aux Parias ? Cela n’avait aucun sens. Personne ne se souciait d’eux : ils étaient méprisés de tous.
    Le Soleil chevauchait à présent vers l’ouest, et les ombres rampaient le long des parois du défilé. Quelque part, dans le lointain, un chien ne cessait d’aboyer. Il paraissait inquiet. Hylas aurait voulu qu’il se taise.
    Il arriva devant une petite table d’offrande en argile munie de trois pieds. Installée sous un arbre pour le dieu de la Montagne, elle était couverte d’une peau de lièvre moisie dont Hylas s’empara. Il la noua autour de ses hanches. À la vue d’un lézard qui l’observait froidement, le garçon marmonna quelques mots d’excuse – il se pouvait que l’animal soit un esprit ayant pris une autre apparence.
    Il était content de ne plus être nu ; il avait cependant si faim que la tête lui tournait. La saison n’était pas assez avancée pour qu’il puisse trouver des figues. Tout en courant, il cueillit au passage quelques fraises des bois que des souris avaient déjà grignotées. Plus loin, il aperçut un buisson épineux où une pie-grièche conservait ses proies : sur les épines, l’oiseau avait empalé trois cigales et un moineau. Hylas lança une excuse rapide à la pie-grièche, où qu’elle soit, et engloutit le tout avant de recracher plumes et bouts de carapace.
    Bientôt, il croisa des oliviers et des lopins de terre aménagés le long des pentes. L’orge était prête pour la récolte, il n’y avait cependant personne alentour. Tout le monde avait dû se réfugier au village – à moins que les guerriers noirs ne l’aient incendié.
    Au grand soulagement du garçon, le village était toujours là, même si un calme sinistre régnait sur les lieux. Pareilles à des moutons effrayés, les huttes en pisé se blottissaient derrière leur palissade d’épines. Hylas sentit une odeur de fumée, mais n’entendit aucune voix. À l’extérieur, il ne vit aucun âne, ni même aucun des cochons habituellement occupés à renifler le sol à la recherche de restes. Rien. Et les portes des esprits étaient fermées.
    Elles avaient été enduites d’ocre rouge ; pendu aux cornes d’aurochs fixées à la traverse, l’Ancêtre scrutait le seuil. Il avait pris l’apparence d’une pie, mais c’était assurément un Ancêtre – bien qu’il ne soit pas l’un de ceux d’Hylas.
    Devant l’entrée, le garçon répandit l’orge qu’il avait volée en chemin. L’Ancêtre resta indifférent à son offrande. Il savait qu’Hylas n’avait pas sa place en ce lieu. Les portes des esprits avaient pour rôle de protéger le village et d’empêcher les Parias d’y pénétrer.
    Dans un grincement, les portes s’entrebâillèrent et des visages crasseux apparurent. Hylas avait beau connaître les villageois depuis des années, ceux-ci le regardaient d’un air hostile, comme si le garçon était soudain devenu un étranger. Certains tenaient des torches crépitantes, faites avec des tiges de férule ; tous avaient à la main des haches, des faucilles ou des lances.
    En poussant des aboiements surexcités, les chiens sortirent brusquement et se ruèrent vers Hylas. Leur meneur, un chien de berger du nom de Flèche, était aussi large qu’un sanglier ; il pouvait, sur un simple ordre, égorger un homme. Le poil hérissé, il s’arrêta devant le garçon et le fixa en gardant la tête basse, un signe de menace. Lui aussi savait que l’accès du village était interdit à Hylas.
    Celui-ci préféra ne pas bouger. S’il reculait, Flèche attaquerait.
    — Laissez-moi entrer ! cria-t-il.
    — Que veux-tu ? gronda Neleos, le chef. Tu es censé garder mes chèvres dans la Montagne !
    — Laissez-moi entrer ! Je veux voir ma sœur.
    — Nous ne l’avons pas vue. Qu’est-ce qui te fait croire qu’elle serait ici ?
    Hylas cligna des yeux, surpris.
    — Mais alors… où est-elle ?
    — Sans doute morte. Quelle importance ?
    — Tu mens, répliqua Hylas, même si, au fond de lui, il sentait la panique l’envahir.
    — Tu as laissé mes chèvres ! rugit Neleos. Ta sœur n’oserait pas revenir sans elles ! Et tu aurais fait de même à moins d’avoir envie d’une bonne correction.
    — Issi sera bientôt là. Laissez-moi entrer ! Ils sont à ma poursuite !
    Neleos plissa les yeux et se gratta la barbe de sa main calleuse. C’était un paysan aux jambes arquées et aux épaules voûtées à force de tirer sa charrue, mais il était plus rusé qu’une belette, sans cesse à manigancer pour obtenir beaucoup à partir de peu. Hylas comprit que Neleos était tiraillé entre l’envie de le punir pour avoir abandonné les chèvres et le désir de le garder en vie pour le faire travailler encore plus.
    — Ils ont tué Skiros, ajouta le garçon. Et je vais subir le même sort. Vous devez enfreindre la loi et m’autoriser à me réfugier chez vous.
    — Chasse-le, Neleos ! cria une femme d’une voix perçante. Il ne nous a apporté que des ennuis depuis le jour où tu l’as trouvé !
    — Lâche les chiens sur lui ! s’exclama une autre villageoise. S’ils l’attrapent ici, nous serons en danger !
    — Elle a raison. Que les chiens se chargent de lui. S’il était innocent, les guerriers ne seraient pas sur ses traces.
    — Qui sont-ils ? demanda Hylas. Et pourquoi s’en prennent-ils aux Parias ?
    — Je l’ignore et je m’en moque, rétorqua Neleos, hargneux.
    Cependant, Hylas lut la peur dans ses yeux.
    — Tout ce que je sais, poursuivit le chef, c’est qu’ils viennent de l’est et qu’ils traquent les Parias. Quelle importance ? Tant qu’ils nous laissent tranquilles, ils peuvent faire ce qu’ils veulent !
    Les autres paysans clamèrent leur approbation.
    Hylas passa la langue sur ses lèvres.
    — Et la loi qui vous oblige à offrir asile ? Si quelqu’un est en péril, vous devez le laisser entrer !
    Un bref instant, Neleos hésita. Puis son visage se durcit.
    — La loi ne vaut pas pour les Parias, cracha-t-il. Allez, passe ton chemin ou je lâche les chiens !

    Il ferait bientôt nuit. Et il n’avait nulle part où aller.
    Parfait, j’ai compris, songea Hylas, furieux contre les villageois. Puisque vous refusez de m’aider, je me débrouillerai seul.
    Il tourna brusquement entre les pins et se dirigea vers l’arrière du village. L’endroit était désert : tout le monde était encore aux portes des esprits.
    Peut-être s’imaginaient-ils qu’Hylas n’était jamais entré dans le village. Ils se trompaient. Lorsque l’on est un Paria, il faut apprendre à voler pour survivre.
    Il se faufila dans un interstice du mur d’épines et se glissa vers la hutte la plus proche, qui appartenait à une vieille veuve sournoise du nom de Tyro. Son feu était couvert et, dans la pénombre rougeoyante, enfumée, le garçon trébucha sur le petit bol de lait réservé au serpent domestique. Dans un coin, sur une paillasse, un ballot de haillons laissa échapper un grognement.
    Hylas se figea, puis, en silence, décrocha un quartier de porc fumé.
    Sur sa paillasse, Tyro remua et se mit à ronfler.
    Le garçon s’empara d’une tunique qui pendait à une poutre, mais laissa les sandales car, l’été, il allait toujours pieds nus. Tyro grogna de nouveau. Il quitta aussitôt l’endroit, sans oublier de replacer correctement le bol du serpent – ces animaux communiquent entre eux, et il suffit d’en contrarier un seul pour se les mettre tous à dos.
    La hutte voisine, celle de Neleos, était vide. Hylas attrapa une outre, une cordelette de cuir pour s’en faire une ceinture et un sac d’herbe tressée dans lequel il fourra du boudin, un fromage de lait de brebis et des olives. Il but quelques gorgées de vin dans la jarre du vieil homme, puis jeta une poignée de cendres dans ce qui restait pour se dédommager de toutes les corrections infligées au fil des années.
    Il entendit les portes des esprits se refermer ; des voix approchaient. Il repartit discrètement par où il était entré – et s’aperçut, trop tard, qu’il avait oublié de voler un couteau.
    La Lune s’était levée et les grillons nocturnes avaient entamé leurs stridulations lorsque Hylas atteignit le bosquet d’amandiers situé à l’écart du village ; l’endroit était plongé dans l’ombre. Le garçon s’empressa d’enfiler la tunique et de nouer la cordelette à sa taille.
    Quelques abeilles s’affairaient encore autour des ruches. Hylas avisa une table d’offrande placée dans l’herbe. En espérant qu’elle avait été dressée depuis assez longtemps pour que les créatures envoyées par les dieux aient pu se rassasier, il engloutit deux gâteaux au miel et une galette de pois chiches fourrée d’une succulente bouillie de lentilles, de perche séchée et de fromage émietté. Il en laissa un petit morceau pour les abeilles et les supplia de veiller sur Issi. Elles bourdonnèrent – réponse que le garçon ne sut interpréter.
    Issi n’avait pas dû emprunter ce chemin, songea-t-il tout à coup, car elle aurait mangé cette galette. Fallait-il l’attendre ici ou essayer de se rendre à Lapithos ? Peut-être sa petite sœur était-elle partie chercher Telamon. Mais la forteresse se trouvait quelque part de l’autre côté de la Montagne, et ni Hylas ni Issi n’y étaient jamais allés. Tout ce qu’ils savaient de l’endroit, ils l’avaient appris grâce aux vagues descriptions de Telamon.
    Dans le lointain, le chien qu’il avait entendu un peu plus tôt continuait d’aboyer. Il semblait découragé, comme s’il s’était résigné à ce que plus personne ne vienne. Hylas aurait voulu qu’il s’arrête. Ces appels lui rappelaient trop Ouste.
    Il n’avait pas envie de penser à lui. Dans son esprit se dressait un mur, derrière lequel se pressaient d’affreux souvenirs attendant de pouvoir refaire surface.

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  • Face au scandale

    Abby Green

    Parution : 1 Août 2012 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015



    1.

    Aneesa Adani vivait un cauchemar éveillé. Escortée par sa sœur cadette et ses tantes, elle marchait à pas lents tout en s’efforçant de surmonter l’angoisse qui l’oppressait.
    Son sari d’apparat entravait ses mouvements, tandis que les lourds bijoux dont elle était couverte depuis le sommet du crâne jusqu’aux poignets l’écrasaient de leur poids.
    Réprimant une envie impérieuse de prendre la fuite, elle se maudit pour la énième fois. Si seulement elle n’avait pas été aussi aveugle ! Sans sa naïveté impardonnable, elle n’en serait pas là…
    Elle sentit qu’on la poussait doucement et déboucha du couloir dans la majestueuse cour intérieure éclairée par des myriades de lanternes. A la vue de son futur époux, de ses parents, de la foule assemblée au cœur d’un des hôtels les plus chic de Bombay, sa peur se mua en panique. Elle s’apprêtait à commettre une erreur irréparable… Comment avait-elle pu laisser son inconscience la conduire à un tel désastre ?
    L’estomac noué et les jambes tremblantes, elle dut faire appel à toute sa volonté pour continuer d’avancer. Dans le silence qui s’était abattu sur l’assistance à son arrivée, elle avait l’impression que les battements de son cœur résonnaient comme un roulement de tambour.
    Soudain, un mouvement imperceptible attira son attention. Elle jeta un coup d’œil sur le côté et fut éblouie par le regard bleu acier d’un inconnu si séduisant qu’elle en oublia presque où elle se trouvait. Jamais elle n’avait vu un homme aussi beau… C’était un étranger. Sans doute un touriste qui avait réussi à se faufiler parmi la foule afin d’assister au mariage le plus médiatique de l’année. A cette pensée, elle reprit brutalement conscience de la situation et une nouvelle bouffée d’anxiété l’assaillit. L’inconnu avait vu la peur dans ses yeux, comprit-elle aussitôt. Heureusement qu’il ne faisait pas partie des invités ! Détournant le regard, elle prit une profonde inspiration et se remit en marche vers son destin.
    *  *  *
    Sebastian Wolfe ne pouvait s’empêcher d’être troublé. La mariée n’avait jeté qu’un coup d’œil furtif dans sa direction mais ses yeux avaient plongé directement dans les siens comme si elle les avait sentis sur elle…
    Jamais il n’avait vu une mariée aussi splendide. Mais il était vrai qu’il n’était pas un spécialiste en la matière… Et il n’avait aucune envie de le devenir ! Un sourire cynique se dessina sur les lèvres de Sebastian. Quand on était le fils d’un homme ayant eu trois épouses, d’innombrables maîtresses et huit enfants, on ne se faisait pas beaucoup d’illusions sur les liens soi-disant sacrés du mariage… D’ailleurs, tous les membres de la famille étaient aujourd’hui dispersés après avoir fui Wolfe Manor, la demeure ancestrale.
    Serrant les dents, Sebastian chassa de son esprit tout ce qui concernait les Wolfe.
    Dans l’air chaud du crépuscule chargé du parfum entêtant de l’encens, la mariée poursuivait sa lente progression vers l’estrade recouverte de soieries chatoyantes sur laquelle l’attendait son futur époux.
    Son visage exprimait une concentration intense. Ce n’était pas très étonnant, songea Sebastian. Le rituel du mariage indien traditionnel obéissait à un code très strict. Longue succession de pratiques sacrées observées avec une minutie extrême, il s’étalait sur plusieurs jours avant d’aboutir à la cérémonie qui, dans quelques instants, scellerait définitivement l’union des époux.
    Quelques minutes plus tôt, le marié était arrivé sur une chaise à porteurs dorée, vêtu d’une longue tunique de soie or et d’un pantalon moulant assorti. Le visage dissimulé derrière un bouquet de soucis jaunes, il avait été accueilli par les parents de la mariée.
    Drapée dans un sari rouge et or, cette dernière avait les bras cerclés de bracelets en or, tandis que ses mains et ses avant-bras étaient ornés de tatouages au henné. Avec le diamant entouré de perles qui scintillait sur son front, elle ressemblait à une princesse de l’empire moghol.
    Le souvenir de son regard furtif ne quittait pas Sebastian. C’était curieux… Il avait eu l’impression de voir surgir un éclair de frayeur dans ses immenses yeux noisette soulignés de khôl.
    Mais non, il avait dû se tromper. C’était à présent le moment pour les futurs époux d’échanger leurs colliers de fleurs et la jeune femme semblait sereine. Quoique… Ses lèvres ne venaient-elles pas de trembler ? Comme si elle faisait un effort pour ne pas pleurer. Peut-être, et alors ? Sebastian poussa un soupir agacé. Que lui importaient les états d’âme de la mariée ? L’essentiel était que tout se passe bien et que les familles n’aient aucune raison de se plaindre.
    Le Grand Wolfe Hotel de Bombay n’était qu’un des nombreux palaces qu’il possédait à travers le monde. S’il se trouvait là, c’était uniquement pour veiller à ce que rien ne perturbe le bon déroulement du mariage d’Aneesa Adani et de Jamal Kapoor Khan, les deux plus grandes stars de Bollywood.

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  • Bad blood ; l'orgueil de Nathaniel

    Sarah Morgan

    Parution : 1 Juin 2012 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015



    1.

    Seul dans les coulisses, Nathaniel Wolfe écoutait les murmures excités montant de l’immense salle du célèbre théâtre londonien.
    Les spectateurs pouvaient être répartis en deux clans. Les femmes étaient venues voir s’il était aussi séduisant en chair et en os que sur un écran de cinéma. Et de leur côté, les hommes voulaient savoir s’il était vraiment capable d’interpréter un rôle sur une scène de théâtre.
    Ils pensaient qu’il n’avait aucun talent. Que les succès remportés au box-office n’étaient dus qu’à sa belle gueule, ainsi qu’au travail astucieux du chef opérateur.
    Un sourire cynique se forma sur les lèvres de Nathaniel : toutes ces opinions erronées allaient voler en éclats.
    En face de lui, côté jardin, le metteur en scène lui adressa un signe de la main. Leur collaboration avait été mouvementée, Nathaniel tenant à interpréter le rôle à sa façon, parfois contre l’avis du metteur en scène. Mais leur travail avait fini par donner un spectacle qui, ils en étaient certains, resterait dans les annales de l’histoire du théâtre.
    Il ferma les yeux et se retrancha complètement du monde extérieur. Nathaniel Wolfe avait cessé d’exister, laissant place à Richard II, roi d’Angleterre.
    Nathaniel ne se contentait pas d’incarner un personnage, il devenait ce personnage. A l’âge de neuf ans, il avait découvert qu’il pouvait se mettre dans la peau d’un chevalier du Moyen Age, d’un guerrier Ninja, d’un vampire, d’un super héros… Dans ses moments de désespoir, il s’était ainsi octroyé la force et le pouvoir de se défendre. Et de protéger ceux qu’il aimait.
    Etre un autre ne lui posait aucune difficulté. C’était être lui-même, Nathaniel Wolfe, qui lui créait des problèmes.
    *  *  *
    —  Mais non, cette robe ne vous grossit pas du tout, dit Katie en ajustant les lacets du corset. Vous êtes superbe. De toute façon, vous êtes la duchesse de Gloucester, et vous…
    L’actrice la foudroya du regard.
    — Je veux dire que, puisque vous incarnez une personne qui a du pouvoir, du poids…
    — …  je dois être grosse et vieille, c’est ça ?
    — Pas du tout ! Mais comme vous jouez le rôle d’une veuve en deuil, vous ne devez pas avoir l’air resplendissant.
    — Vous voulez peut-être m’apprendre mon métier ?
    — Certainement pas. Je dis juste que vous êtes parfaite pour le rôle. Essayez de vous détendre, je vous en prie.
    — Comment pourrais-je me détendre ? Je joue avec Nathaniel Wolfe. Il est sarcastique, cinglant, ombrageux… Hier, il a suffi que je commette une seule petite erreur…
    — Il n’a fait que vous regarder, dit Katie d’un ton apaisant. Il ne vous a rien dit.
    — Vous ignorez ce qu’on peut faire passer par le regard, surtout quand il s’agit de celui de Nathaniel Wolfe. Quand il vous regarde, on a l’impression d’être passé au rayon laser.
    De plus en plus agitée, l’actrice se tourna vers la porte.
    — Allez-vous-en. J’ai besoin d’être entourée de gens qui comprennent mon tempérament.
    — Je dois néanmoins terminer de vous habiller, fit Katie en s’efforçant de garder son calme. Ne soyez pas stressée…
    — Qu’est-ce que vous pouvez savoir du stress ?
    Katie aurait pu lui parler de son rendez-vous du lendemain avec une célèbre costumière anglaise, de ce que cette rencontre représentait pour elle. Et des dettes énormes qui hantaient ses nuits. Si cette entrevue se passait bien, tout pourrait changer…
    Soudain, l’actrice reporta toute sa colère sur Katie.
    — Même si ma robe se déchirait, tout le monde continuerait à regarder Nathaniel Wolfe !
    Horrifiée par cette éventualité, Katie inspira à fond.
    — Calmez-vous, je vous en prie. C’est le trac de la première.
    — Vous ne pouvez pas comprendre, évidemment, répliqua l’actrice d’un ton amer. Vous êtes jeune et jolie…
    — Peut-être, mais il faut que j’arrive à remonter cette fermeture Eclair. Inspirez…
    Katie pria pour que le tissu tienne le coup.
    — Voilà. Vous êtes prête. Bonne chance.
    — Ça porte malheur de dire bonne chance à un acteur ! Il faut lui souhaiter de se casser une jambe, ou quelque chose du même style.
    — Bon, soupira Katie sans réagir à la remarque de l’actrice. Maintenant, je vous laisse.
    *  *  *
    Quand elle regagna l’atelier des costumes, elle y trouva Claire, son amie et assistante, lisant un magazine people tout en grignotant une barre de chocolat.
    — Oups ! dit celle-ci d’un air coupable. Tu me surprends en train de lorgner dans la vie privée des célébrités —  mais c’est pour trouver des idées, bien sûr.
    Devant le visage préoccupé de Katie, elle cessa de sourire.
    — Tu viens de quitter la duchesse de Ronchon de Gloucester, c’est ça ? Elle tient dans sa robe ?
    — Tout juste, fit Katie en se laissant tomber sur une chaise. Le violet foncé est idéal pour son personnage, mais les couleurs sombres sont impitoyables pour le teint, et en plus, j’ai l’horrible pressentiment que le tissu va craquer. Nous avons encore des comprimés contre le mal de tête ?

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  • Cet ouvrage a initialement paru en langue italienne en 2010
    sous le titre Il dono della figlia del re.
    © 2010, Edizioni EL S.r.l., Trieste Italy.
    © Hachette Livre 2012 pour la présente édition.
    Traduction : Anouk Filippini
    Illustrations : Desideria Guicciardini
    Mise en pages : Audrey Thierry
    Hachette Livre, 43 quai de Grenelle, 75015 Paris
    ISBN : 978-2-0120-3017-6













    Il est un pays chaud et lointain où règne un roi bon et sage. Ce roi a sept enfants, six garçons et une fille, qu’il a eus de sept femmes différentes. C’est un roi vieux et fatigué, et il sent que sa fin est proche. Il doit donc choisir celui qui le remplacera. La couronne devrait revenir à son fils aîné, comme il est d’usage, mais ce roi est un peu spécial : il a toujours considéré tous ses enfants comme égaux.

    Il les fait venir et leur annonce :
    — Mes enfants, il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre. Je veux que vous alliez de par le monde et que chacun de vous me rapporte un cadeau, la chose la plus précieuse que vous trouverez. Vous devez être de retour dans trente jours… après il se pourrait que vous ne me trouviez plus. Celui d’entre vous qui me trouvera le plus beau cadeau gagnera ma couronne.
    Les mères des six garçons se mettent immédiatement à se chamailler : « Mon fils est plus grand que le tien, il va gagner, c’est sûr… » ; « Mon fils est encore petit, c’est injuste ! ». En effet, l’âge des garçons va de dix-sept à douze ans, certains sont robustes et d’autres faibles, certains futés et d’autres pas très malins. Bref, la compétition n’est pas très équitable. Mais le roi tranche :
    — Femmes, taisez-vous. Je suis un roi bon et sage, et je saurai juger lequel de mes fils me rapportera le cadeau le plus précieux.
    C’est alors que s’avance la maman de la seule fille, une petite de dix ans qui s’appelle Uma.
    — Bon roi, dit-elle. S’il est vrai que tu es sage, Uma a donc elle aussi le droit de participer et de devenir reine !
    À ces mots, tout le monde se met à rire : d’abord les mamans, puis les plus grands et pour finir les plus jeunes… Une fille, devenir roi… ou pire, reine ! Quelle blague ! Mais le roi lève la main pour les faire taire et il dit :
    — Tu as raison, septième épouse. Depuis la reine de Saba, aucune femme n’a régné, mais ce n’est pas une raison pour que cela n’arrive plus jamais. Uma peut participer. Mes enfants, je vous veux tous ici dans trente jours avec vos cadeaux. Je vous souhaite bonne chance. Que le lion ne vous dévore pas, que les zombies ne vous effraient pas, que le vautour ne vous mange pas les yeux !

    Les mères des garçons s’éloignent alors en chuchotant et en lançant des regards de travers à Uma et à sa maman. Elles sont habituées à être tenues à l’écart et s’en fichent.
    De retour à leur hutte, Uma qui jusque-là n’a rien dit prend la parole :
    — Maman, tu veux vraiment que je devienne reine ?
    — Pas forcément, répond sa maman. Je veux juste que tu aies les mêmes chances que les autres. Ce n’est pas parce que tu es une fille que tu ne dois pas régner. La reine de Saba était une femme belle, intelligente et courageuse.
    — Mais moi je ne suis encore qu’une enfant, proteste Uma.
    — Une enfant belle, intelligente et courageuse, affirme sa maman.
    — Je dois vraiment y aller toute seule ?
    — Il y a un tas de choses qu’on doit faire seul, Uma. Même si tu ne trouves pas le cadeau le plus beau, même si tu ne deviens pas reine, je suis sûre que ce voyage te sera profitable, maintenant et plus tard. Ce sont les choses que nous faisons par nous-même qui nous font grandir. Allez, préparons ton voyage !
    De quoi donc a besoin une enfant de dix ans qui va affronter les lions, les serpents et les rhinocéros ? De beaucoup et de peu de choses. Les armes sont inutiles, elles sont dangereuses et une enfant ne sait pas s’en servir.

    Non. Il vaut mieux prendre une crème aux herbes qui ramollira les pieds après une longue marche ; un ocarina pour faire une jolie musique le soir et se sentir moins seule ; une couverture en crins de girafe pour s’y envelopper la nuit et avoir chaud, une grande gourde d’eau et une réserve de galettes afin de boire et manger.
    — Quant au reste, conclut la maman, la Savane veillera sur toi ! Sois attentive, sois maligne, sois rapide et reviens-moi.
    Le lendemain matin, Uma s’en va, toute seule, chercher le plus précieux des cadeaux pour son père mourant.


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  • Ghost recon

    Tom Clancy

    Parution : 9 Mai 2012 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    1Île de Basilan - Archipel de Sulu, Philippines du Sud
    Août 2002L’adjudant-chef Scott Mitchell cligna les yeux sous la sueur et poursuivit son chemin dans les caoutchoucs, leurs feuilles dures frôlant son chapeau de brousse et ses joues. Il aperçut droit devant une petite clairière dans une jungle par ailleurs dense et crépusculaire et, alors qu’il s’accroupissait à la lisière, il souleva une fine branche du canon de son M4A1.Le capitaine Victor Foyte, commandant de son détachement, avançait près d’une étendue inégale de feuilles de palmier affaissées, dégouttant encore de l’orage qui avait tonné plusieurs heures auparavant.— Ricochet, ici Road Warrior 06, chuchota le capitaine dans sa radio. Il me semble voir un truc. Et j’entends des bourdonnements, comme des mouches. Allons jeter un œil. À vous.— J’arrive, chef, répondit Mitchell.Bien que Foyte fût son supérieur, Mitchell était sergent d’escouade, responsable du combat des douze membres du détachement opérationnel Alpha (ODA) 574. Le capitaine et l’officier technicien assuraient la coordination en compagnie des équipes philippine et taïwanaise de douze hommes, avec qui ils s’étaient entraînés ces deux dernières semaines.Mitchell se mit en marche alors qu’en haut, à sa droite, un serpent s’enroulait autour d’une branche en surplomb, dardant la langue. Dans les Forces spéciales, les hommes bouffent des méchants au petit-déjeuner et des serpents au dîner ; alors, ni l’un ni l’autre ne les perturbaient. Pour autant, Mitchell fit une grimace et partit rejoindre le capitaine.Trois pas plus loin, une bouffée d’air moisi, un bruissement de feuilles et le craquement net d’une corde lui envoyèrent des décharges électriques dans l’estomac. Il leva les yeux et eut le souffle coupé.Le capitaine se dirigeait alors vers un poteau enfoncé dans le sol. Au sommet de ce poteau se trouvait une tête humaine aux longs cheveux bruns flottant tout autour.Une missionnaire américaine de vingt et un ans avait été récemment capturée par Abu Sayyaf, le groupe terroriste islamiste local affilié à al-Qaida.Les forces militaires et policières avaient ratissé l’île pour la retrouver et dénicher le bastion d’Abu Sayyaf, caché quelque part dans les profondeurs de l’intérieur montagneux.Visiblement, le capitaine avait trouvé la disparue. Une corde s’était entortillée autour d’une de ses chevilles, et il était à présent projeté trois mètres dans les airs, hurlant :— Embuscade !Mitchell allait prendre sa radio quand le capitaine oscilla vers l’avant, pendule humain se dirigeant droit sur un arbre hérissé de rangées de pieux punji affûtés comme des rasoirs qui apparaissaient à présent que les feuilles suspendues par d’autres cordes tombaient. Tout cela formait partie d’un piège soigneusement conçu.Le capitaine Victor Foyte n’avait que vingt-quatre ans et, en moins de deux, il s’empala dos en premier dans les punji, les pieux de trente centimètres de bois aiguisé s’enfonçant dans ses bras, son cou, son torse.L’équipe voyageait léger, délaissant le gilet pare-balles dans cette jungle pluvieuse à plus de trente-huit degrés. Foyte beuglait et râlait, les pieux se poissant de son sang.L’adjudant-chef 02 James Alvarado, positionné à une douzaine de mètres derrière eux, s’élança en aboyant :— Capitaine !Il lâcha plusieurs salves sous l’arbre où Foyte était à présent suspendu, tête en bas et se vidant de son sang.Une fois encore, Mitchell pressa son micro, prêt à donner des ordres, mais les tirs d’Alvarado l’interrompirent.C’était sa première véritable mission en tant que soldat des Forces spéciales. C'était un soldat d’infanterie et un chef d’escouade expérimenté d’une unité de reconnaissance de l’OPFOR, les forces d’opposition, à Fort Irwin. Il jouissait déjà d’un palmarès impressionnant et espérait se faire un nom dans la communauté des Forces spéciales, mais là, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il avait déjà perdu son premier commandant.Un étrange martèlement se fit entendre quand Alvarado cessa de tirer et s’avança dans la clairière. L’adjudant-chef se saisit soudain le cou, à l'endroit où une minuscule fléchette dépassait entre ses doigts. Il hurla en l’arrachant.Mitchell se laissa tomber sur le ventre quand d’autres martèlements vibrèrent dans leur dos. Alvarado chancela vers l’avant et s’effondra, empoisonné et probablement mort.L’équipe était, semblait-il, attaquée par des sauvages vêtus de pagnes dont les pièges et les sarbacanes avaient ironiquement eu le dessus sur les hommes aux bâtons de tonnerre.— Mitchell ? appela le capitaine, l’élocution rendue difficile par la souffrance, le visage à présent baigné de sang. Mitch… ell ?Incapable de regarder Foyte plus longtemps, Mitchell brancha enfin la radio.— Ici Ricochet. Embuscade ! Embuscade ! Capitaine et adjudant-chef à terre !Avant même de pouvoir poursuivre, les terroristes, tapis dans le feuillage humide, prouvèrent qu’ils n’étaient pas les sauvages vêtus de pagnes que Mitchell avait imaginés, mais bien des tueurs impitoyables et modernes.Il y eut tant de tirs d’automatiques dans la clairière qu’on eut l’impression qu’un millier d’hommes armés de machettes déchiquetaient arbres et feuilles. Des balles d’AK-47 et de mitrailleuses claquèrent et tonnèrent, des troncs se fendirent, et les oiseaux criaillèrent et s’envolèrent alors que des trous apparaissaient dans les feuilles, les débris cascadant sur Mitchell qui se hissait sur les coudes et voyait ses deux premiers feux de bouche.Dans le même temps, des voix hurlèrent dans la radio :— Ricochet, ici Rumblefish ! criait le sergent d’armes de l’escouade, Jim Idaho. On nous tire dessus sur les deux flancs ! Impossible de riposter d’où on est ! On a besoin d’ordres !— Ricochet, ici Red Cross. Deux hommes à terre, signalait Lance Munson, le médecin-chef de l’escouade. Je dois les évacuer d’urgence !— Ricochet, je crois que des mortiers…Cette dernière voix était celle de Rapper, l’un des soldats du génie de l’équipe, qui fut interrompue alors qu’un éclair illuminait la jungle au nord-est à peine de la position de Mitchell. Une seconde plus tard, le sol trembla, une puissante explosion résonna à travers la forêt et une pluie d’éclats d’obus et de débris se mit à tomber sur la zone.Ces terroristesétaient imprudents, stupides ou fous, voire les trois. Ils envoyaient des obus sur leur propre position. Peu importe le nombre des leurs qui tombaient, pourvu qu’ils tuent des Américains. S’efforçant de ne pas paniquer, se rappelant qui il était et ses innombrables heures d’entraînement, l’adjudant-chef Scott Mitchell, vingt-six ans, prit le commandement de l’ODA.— Ici Ricochet ! Écoutez ! Rumblefish ? Le reste de l’équipe Bravo et vous, rejoignez les blessés et repliez-vous vers le sud à notre premier point de cheminement. Rutang, Rockstar et Rino, regroupez-vous sur moi. On dégage !L’équipe opérait en deux unités de six hommes : Alpha et Bravo, tous les indicatifs d’appel radio débutant par la lettre R. Mitchell exploiterait leur séparation pour couvrir l’évacuation des blessés.Un nouveau sifflement s’éleva dans la nuit, plus proche cette fois-ci, et soudain l’obus de mortier suivant explosa, et de la fumée grise et des éclats fendirent la canopée.— Ricochet, ici Rutang, appela le médecin en second de l’équipe, le sergent Thomas « Rutang » McDaniel. Rockstar et moi, on est bons pour y aller, mais Rino est mort. Touché par le dernier obus. Pas de pouls !Le temps manquait pour compter les morts. Si Mitchell savait une chose, c’était qu’il avait besoin d’appui – terrestre, aérien, n’importe quoi – et qu’il le lui fallait d’urgence. Il accusa réception de l’appel de Rutang, puis changea de fréquence, appelant l’équipe taïwanaise du capitaine Fang Zhi. Ils étaient bien plus proches que l’équipe philippine et quadrillaient l’autre côté du ruisseau.— Wushu 06, ici Ricochet. À vous.Il attendit, écouta le son de sa propre respiration, les violentes détonations proches, le sifflement perçant d’un autre obus de mortier, qui tombait, tombait…— Wushu 06, ici Ricochet. À vous.Mitchell changea à nouveau de fréquence pour appeler l’équipe philippine.— Black Tiger 06, ici Ricochet. À vous.Boum ! L’obus distant finit par exploser.— Ricochet, ici Black Tiger 06. J’ai entendu ce qui se passe. On se dirige vers vous, mais on est encore loin. HPA vingt minutes environ. À vous.— Message reçu, Black Tiger. J’ai perdu beaucoup d’hommes. J’ai besoin de vous ASAP.Mitchell donna au capitaine ses coordonnées GPS actuelles, puis ajouta :— Ne tardez pas.— On court, sergent.— Bien ! Ricochet, terminé.Le capitaine Gilberto Yano, alias Black Tiger 06, était membre du LRB (Light Reaction Battalion), unité d’élite de l’armée philippine, l’équivalent dans leur armée de la Delta Force américaine, et il était spécifiquement entraîné aux activés antiterroristes. Yano était apprécié de ses hommes et du reste de l’équipe de Mitchell. Savoir que Yano et ses gars étaient en route faisait du bien, mais ces vingt minutes seraient les plus longues que Mitchell ait jamais connues.Voire, les dernières.Mais, bon sang, où était le capitaine Fang Zhi ? Mitchell rappela. Pas de réponse. Était-il rentré dans une des cabanes en nipa, à fumer un cigare, pendant que des hommes mouraient là, dans la jungle ?Rutang et Rockstar se magnèrent et tombèrent aux côtés de Mitchell.Rutang était un toubib au visage poupon, mais un joueur féroce de jeux vidéo. Il avait d’ailleurs déjà participé à plusieurs championnats nationaux et remporté certains, même s’il s’en vantait rarement, mais, bizarrement, il n’avait en général que peu confiance en lui et en ses compétences.Le sergent-chef Bennet « Rockstar » Williams était soldat du génie en second, un Afro-Américain au visage dur qui, détestant le rock, avait mis le commandant de la compagnie en rogne en insultant sa collection d’AC/DC. L’incident était devenu notoire, et l’indicatif d’appel était resté.Mitchell les regarda tous deux, trempés de sueur comme lui, yeux exorbités, souffle court.— On doit isoler ces gars et gagner du temps pour permettre à Bravo d’évacuer. J’ai aperçu des feux de bouche sur nos flancs.— Moi aussi, dit Rutang. Mais, merde, impossible de dire encore combien.— Ne t’inquiète pas, répondit Mitchell, insufflant plus de confiance dans sa voix. On va les contourner, arriver par l’ouest et leur botter le cul. Simple comme bonjour. Vous êtes prêts ?— Tu es sûr de ce que tu fais, sergent ? demanda Rockstar.— Bien sûr qu’il est sûr, dit Rutang. Ferme-la !— Je dis juste…— Rock, je suis sûr, dit Mitchell d’une voix très ferme. On y va !Mitchell prit la tête, et ils se mirent à se tailler un chemin dans la jungle. Il serrait un peu trop son fusil, et la lanière de son chapeau de brousse commençait à lui cisailler la peau. Il vira sèchement derrière deux arbres, et le bruit des détonations augmenta, ainsi que le chant d’un ruisseau non loin, au-delà de la ligne d’arbres irrégulière.

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  • Splinter cell impact

    Tom Clancy

    Parution : 8 Février 2012 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    12008 – San FranciscoFisher se savait suivi. Il y avait les signes évidents, bien sûr, mais il se fiait aussi à son instinct. Il ne savait en revanche ni combien ils étaient ni quand ils passeraient à l’attaque. Comme il avait déjà récupéré le colis pile sous leur nez, il était peu vraisemblable qu’ils le laissent atteindre le point de livraison. Mais jusqu’où lui permettraient-ils d’approcher ?Il s’arrêta devant la vitrine d’un magasin de montres et resta à admirer les dernières Tissot exposées. Du coin de l’œil, il vit l’homme qu’il avait baptisé Suiveur 6.1 (un guetteur à six heures) en faire autant devant une vitrine et étudier l’étalage. L’homme était bon ; pendant que Fisher l’observait, il sortit son portable, composa un numéro, puis dit après un silence :— Non, je suis devant, là… Ouais, exactement celui que tu cherchais.Un bon suiveur doit entrer dans la peau de sa couverture, se rappela Fisher. Sinon, il tend à dégager une « aura de poursuivant » que quiconque, même avec les notions de contre-surveillance les plus rudimentaires, saurait détecter.— … non, celui sur Franklin Street… C’est ça. OK. Salut.À quinze mètres derrière Suiveur 6.1 arrivait Suiveur 6.2.2 (deux guetteurs ensemble, un homme et une femme bras dessus bras dessous, en deuxième position derrière le premier). Ils dépassèrent leur collègue arrêté, puis Fisher quelques secondes plus tard, et poursuivirent leur chemin sur le trottoir. Fisher modifia mentalement leur désignation à Suiveur 12.2 : ils se trouvaient à présent en tête.Il tenait cette horloge imaginaire depuis deux heures maintenant, déplaçant les différents pions à mesure qu’ils changeaient de position et de proximité par rapport à lui. Ils étaient tous très bons, toujours en mouvement, sans pourtant relâcher leur surveillance, troquant pendant tout ce temps vêtements, partenaires et comportements dans l’espoir de ne pas se faire remarquer.Raté, mais il n’avait pas non plus réussi à les semer par les tactiques de dégraissage classiques. Autre facteur : savaient-ils qu’il les avait démasqués ? Probablement pas. Si c’était le cas, ils se seraient déjà emparés de lui.La situation aurait été ridicule – ce truc du savent-ils-que-je-sais – si ce n’avait été on ne peut plus sérieux. Ils avaient failli le prendre la main dans le sac deux semaines plus tôt ; si cela arrivait aujourd’hui, il était fait.Fisher regarda sa montre. Dix minutes de plus, c’est tout ce qu’il demandait.Dix minutes, et une ultime tentative pour leur échapper.Il se détourna de la vitrine et poursuivit son chemin, mais plus lentement, laissant le couple devant lui prendre de la distance. Le trottoir et les rues étaient humides du brouillard de la baie, et la brume s’enroulait autour des réverbères, des halos irisés qui semblaient s’altérer et vibrer à mesure que ses pas s’en approchaient ou s’en éloignaient. Au loin, il entendait le gong sinistre des balises de navigation.L’entrée d’une allée se trouvait droit devant, un rectangle enténébré entre deux bâtiments. Il l’avait choisie la veille au soir pour plusieurs raisons : elle se situait à égale distance de deux réverbères, son extrémité était bloquée par une haute barrière anti-ouragan surmontée de barbelés, et, s’il minutait correctement l’affaire, ses fileurs de tête franchiraient l’angle avant qu’il n’atteigne l’allée. Quand il se serait engagé, s’ils ne voulaient pas le perdre de vue, un ou deux de ses suiveurs devraient entrer à leur tour – probablement l’homme seul qui le filait. Donc, dix secondes pour atteindre l’entrée, trente de plus pour voir si la cible ressort, se dit Fisher. Avec de la chance, il disposerait de quarante secondes pour faire ce qu’il avait à faire.Les yeux toujours rivés sur le couple devant et les oreilles à l’affût du claquement des talons sur le trottoir dans son dos, Fisher régla son pas, patientant, encore, encore… Le couple tourna à l’angle.Fisher parvint à l’entrée de l’allée et fit encore trois pas avant de pivoter brusquement à gauche et de pénétrer dans la ruelle sombre. Englouti par l’obscurité, il se sentit soulagé. Pendant presque toute sa carrière, il avait de fait travaillé dans l’ombre, et il en était venu à la considérer comme sa plus grande alliée.À l’inverse, cette affaire d’espionnage se déroulait surtout en pleine lumière. C’était une tout autre histoire. Il lui avait fallu du temps pour s’y habituer.Il piqua un sprint d’une foulée assurée et se tapit dans l’obscurité d'une embrasure de porte à sa gauche, à mi-chemin de l’allée. Ainsi qu’il l’avait laissé, le couvercle de la poubelle métallique était appuyé contre le mur de brique. Il s’en empara, le coinça entre ses jambes, leva les bras au-dessus de sa tête et agrippa le degré inférieur de l’échelle d’incendie du bâtiment. Il se hissa sur la passerelle à claire-voie au-dessus, puis avança en crabe sur la droite jusqu’au premier escalier et entama sa montée. À l’étage suivant, il prit le couvercle dans sa main droite, comme un frisbee, se pencha par-dessus la rambarde, visa et le lança.Le couvercle s’envola, décrivant un arc dans l’allée. Il s’écrasa tout au fond sur la barrière, rebondissant avec une vibration métallique, et se fracassa dans les poubelles adossées au mur.Fisher était déjà en mouvement, grimpant en silence l’échelle d’incendie deux barreaux à la fois. Il s’arrêta, pressa son corps contre la paroi et tendit l’oreille. En dessous, il perçut le claquement des talons dans l’allée. Il jeta un œil en bas. Son fileur solitaire, qui avait entendu le bruit, compris de quoi il s’agissait et supposé que sa cible s’enfuyait, avait mordu à l’hameçon.Le dernier pion de son plan – un sans-abri qu’il avait payé cent dollars pour attendre son signal dans l’allée, de l’autre côté de la barrière – jouait à présent son rôle et rejoignait l’extrémité opposée en traînant les pieds.Fisher entendit son fileur marmonner « Merde » avant de murmurer dans le col de son manteau :— Cible en fuite… en direction de l’est vers Auburn…Le fileur fit demi-tour et courut dans l’allée.Impec’, pensa Fisher qui déclencha un nouveau chronomètre dans sa tête. Deux minutes. Pas plus.Dix secondes après que son suiveur eut disparu à l’angle, une fourgonnette bleue au placard rouge et jaune Johnson & Sons Plumbing sur le flanc dépassa l’entrée de l’allée et crissa à l’angle.

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  • Les légendes d'avantia t.2 ; le troisième cavalier

    Adam Blade

    Parution : 10 Août 2011 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015



    À tous les merveilleux princes et princesses rencontrés à Malte, avec affection, V.F.
    Remerciements spéciaux à J.D.
     
     
     
     
     
     
    Cet ouvrage a initialement paru en langue anglaise en 2009
    chez Orchard Books sous le titre :
    Rose Petal Picnic.
    © Vivian French 2009 pour le texte.
    © Orchard Books 2009 pour les illustrations.
     
    © Hachette Livre 2013 pour la présente édition.
     
    Adapté de l’anglais par Natacha Godeau.
    Illustration de couverture : Sarah Gibb
     
    Mise en page et colorisation : Valérie Gibert et Philippe Sedletzki.
     
    Hachette Livre, 43, quai de Grenelle, 75015 Paris.
    ISBN : 978-2-01-202664-3



















    Oh là là, j’ai le trac ! Le Pique-nique des Roses approche, et j’ai de plus en plus peur…
    — Du calme, Élise, il n’y a pas de raison de s’inquiéter, répète Flora.
    Mais je n’y peux rien, je suis comme ça ! Avec les princesses de la Chambre des Tulipes, nous avons composé le menu du pique-nique dansant qui sera donné en l’honneur de Fée Angora, pour célébrer la remise de son Diplôme de l’Université des Fées. C’est moi, qui ai eu l’idée des petits-fours aux pétales de rose… alors ce serait vraiment horrible si la fête était gâchée par ma faute !
    — Tiens, voici Élise-la-super-pâtissière-des-fleurs !
    Ces deux pestes de Précieuse et Perla sont insupportables. Elles se moquent de moi dès qu’elles me croisent dans le couloir !

    — Tu vas confectionner le meilleur-gâteau-de-l’univers pour Fée Angora ! persiflent-elles en s’éloignant.
    Je leur ai expliqué au moins mille fois que je ne préparais pas de gâteau, mais elles insistent malgré tout et, je l’avoue, ça m’énerve de plus en plus ! Mais soudain, j’ai une grande idée : et si j’en préparais un quand même ?
    J’en parle à Flora et à mes amies de la Chambre des Tulipes. Bettina s’exclame, l’œil brillant :
    — Fantastique ! Ce serait une merveilleuse surprise !
    — Tu pourrais lui donner la forme du diplôme de Fée Angora, suggère Lalie.
    Agathe renchérit :
    — Oh oui ! Un gros parchemin à la crème, décoré de pétales de rose !
    — Mais si le diplôme n’est pas un parchemin ? remarque Karine.
    — Allons demander à Marraine Fée ! lancent en chœur Mina et Romy.

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  • Le baiser de l'ange t.3 ; âmes soeurs

    Elizabeth Chandler

    Parution : 1 Septembre 2010 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    Ivy a échappé de peu à la mort et veut comprendre ce qui s'est passé. Elle découvre enfin que Tristan, depuis sa disparition, ne l'a pas quittée et est devenu son ange-gardien. Et que c'est lui qui l'a sauvée. Protégée et accompagnée par celui qu'elle a toujours aimé, Ivy va tenter d'élucider le mystère qui entoure Gregory. Les mailles du filet se resserrant autour de lui, Gregory enlève Philip, le petit frère d'Ivy...

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  • Le baiser de l'ange t.2 ; soupçons

    Elizabeth Chandler

    Parution : 1 Juin 2010 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    Ivy ne se remet pas de la mort soudaine et tragique de Tristan. Enfermée dans son chagrin, elle ne voit pas que Tristan essaie de la contacter, notamment par le biais de son petit frère, qui, lui, perçoit sa présence. Il y a pourtant urgence, quelqu'un veut la mort d'Ivy et le tueur est plus proche d'elle que jamais...

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  • Le baiser de l'ange t.1 ; l'accident

    Elizabeth Chandler

    Parution : 1 Mars 2010 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    Ivy adore les anges. Elle collectionne les petites statuettes qui les représentent et croit profondément qu'ils l'accompagnent dans les moments difficiles de sa vie. Surtout depuis que sa mère s'est remariée. Avec le père de Gregory, ce garçon étrange qui met Ivy mal à l'aise. Heureusement, Tristan, le jeune homme le plus adulé du lycée est fou amoureux d'elle. Ivy partage ses sentiments, et le bonheur lui paraît de nouveau accessible. Mais bientôt, le destin les frappe violemment.

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  • Ceux qui se cachent

    Carlène Thompson

    Parution : 7 Octobre 2009 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    Une femme, des mensonges et un tueur silencieux ! Lorsqu'elle s'installe avec sa fille dans la petite ville d'Huntington en Virginie, Penny Conley semble au comble du bonheur. Elle a vite trouvé une charmante maison adossée à la forêt et un travail passionnant au bureau du célèbre archéologue Simon Van Etton dont la nièce Diana est devenue son amie. Deux amies inséparables même si Penny semble parfois étrange, même si elle ne dit rien de son passé et même si des ombres masculines franchissent parfois, à la nuit tombée, le seuil de sa porte... Jusqu'à ce qu'un soir une terrible explosion dévaste la petite maison. Alors que Penny agonise, Diana veut comprendre. Qui pourrait haïr Penny à ce point ? Aidée du beau Tyler, un ami d'enfance de Penny, elle tente de découvrir ceux qui ont voulu tuer une mère et sa fille. Mais ceux qui se cachent sont prêts à tout...

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  • Voeux sensuels

    Sarah Mccarty

    Parution : 15 Mai 2009 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    Le retour du Dr Armstrong, Carol MarinelliHugh Armstrong s'était montré si odieux lorsqu'ils étaient adolescents, que Camilla Azetti n'avait eu aucun mal à le détester. Même si, dans le secret de son coeur, elle s'était amourachée de l'ami de son frère. Aujourd'hui, elle éprouve toujours les mêmes sentiments ambivalents à l'égard de Hugh, et travailler avec lui aux urgences est une joie mêlée de souffrance qui la laisse désemparée. Un désarroi dont finit par se rendre compte son fiancé, qui préfère rompre...Idylle à Hill Creek, Cheryl WolvertonLa vie tranquille de Tamara Stanridge bascule le jour où elle accepte le service que lui demande son amie, le Dr Susan McCade : héberger Drake Slater, un riche rancher de la région, qui, gravement blessé après un accident, doit réapprendre à lire et à écrire. Qui mieux que Tamara, institutrice, pourrait s'en charger ? Mais sa patience est mise à rude épreuve car Drake semble en colère contre la terre entière, y compris contre Stan, l'ami de Tamara, un kinésithérapeute chargé de lui réapprendre à marcher.

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