• Altérités ; de l'altérité personnelle à l'altérité culturelle

    François Jullien

    Parution : 11 Mars 2021 - Entrée pnb : 12 Février 2021

    "Comment empêcher que la présence, en s'instaurant, s'installe ? Qu'elle s'enlise de ce qu'elle se réalise et s'abîme dans la durée ? Les Amants en sont menacés.
    Je proposerai de penser cet "être près" de la présence, non pas dans les termes de l'"être", donc de la détermination ; mais dans les termes de l'entre laissant passer indéfiniment l'intime entre des sujets respectant leur altérité.
    De sorte que la présence ne sombre pas dans la fatalité de l'être-là qui, s'étalant dans son "là", se désactive et désapparaît.
    N'est-ce pas ce qui d'abord importe pour vivre à deux, se tenant "hors de soi", et véritablement exister ?
    Or n'en va-t-il pas de même touchant l'altérité qu'on dit culturelle ?
    Une mission aux confins du Vietnam - des flancs de Sapa aux bras du Mékong - m'a conduit à reconsidérer du plus loin ce qui nous occupe aujourd'hui de si près ; ainsi qu'à sonder, dans le sort de minorités brutalement exposées à la mondialisation, la déculturation planétaire qui menace.
    Ou comment articuler dans les termes à la fois de l'entre et de l'autre ce qui paraît s'opposer : le local et le global, la connivence et la connaissance, l'entretien du Divers et la promotion d'un universel, mais qui ne soit pas universaliste ?"
    F. J.

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  • Une seconde vie

    François Jullien

    Parution : 18 Janvier 2017 - Entrée pnb : 19 Janvier 2017

    Quand on avance dans la vie, il est une question qu'on ne peut plus, peu à peu, ne pas se poser : pourquoi est-ce que je continue de vivre ?
    Cette question, on peut la maintenir au niveau bas du développement personnel, affublé en « sagesse », et du marché du bonheur.
    Ou bien l'affronter philosophiquement pour y chercher une issue plus ambitieuse qui soit la promotion d'une « seconde » vie.
    Une seconde vie est une vie qui, du cours même de la vie, se décale lentement d'elle-même et commence de se choisir et de se réformer.
    Pour y accéder, il faudra penser ce que sont des vérités, non pas démontrées, mais décantéesà partir de la vie même ; ou comment, de l'expérience accumulée, on peut à nouveau essayer ; ou comment la lucidité est ce savoir négatif (de l'effectif) qui nous vient malgré nous, mais qu'on peut assumer ; ou comment la vie peut ouvrir, non sur une conversion, mais sur une vie dégagée.
    Ou comment un second amour, fondé, non plus sur la possession, mais sur l'infini de l'intime, peut débuter.
    Puis-je, non plus répéter ma vie, mais la reprendre, et commencer véritablement d'exister ?
     F.J.

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  • Conférence sur l'efficacité

    François Jullien

    Parution : 9 Septembre 2005 - Entrée pnb : 29 Juin 2016

    L'auteur présente ici une de ses conférences prononcées auprès de chefs d'entreprise sur l'efficacité. Il oppose la conception européenne de l'efficacité, liée à la modélisation comme à la finalité et une action se prolongeant en héroïsme, à la pensée chinoise de l'efficience, indirecte et discrète, qui prend appui sur le potentiel de situation et induit des transformations silencieuses. En résultent des effets de lecture portant sur l'histoire du XXe siècle et la géopolitique à venir.

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  • Dé-coïncidence ; d'où viennent l'art et l'existence

    François Jullien

    Parution : 13 Septembre 2017 - Entrée pnb : 13 Septembre 2017

    On voudrait croire que, quand les choses en viennent enfin à s'accorder, c'est là le bonheur...
    Or, c'est précisément quand les choses se recoupent complètement et coïncident que cette adéquation, en se stabilisant, se stérilise.
    La coïncidence est la mort. C'est par dé-coïncidence qu'advient l'essor.
    Dieu lui-même dé-coïncide d'avec soi, en mourant sur la Croix, pour promouvoir la vie vivante. Dans la faille de la dé-coïncidence une initiative est à nouveau possible se déployant en liberté.
    Or, comme l'Âge classique a fait de l'adéquation la définition même de la vérité, ou de la coïncidence avec la Nature le grand précepte de l'art comme de la morale, il est revenu à la modernité de rompre avec ce confort de la pensée.
    /> François Jullien fait jouer ici le concept de «  dé-coïncidence » dans la Bible, la peinture, la littérature, la philosophie, pour montrer comment il est à la source de l'art et de l'existence.

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  • Comment entrer dans une pensée aussi extérieure à la nôtre que la chinoise? En présenter des notions ou y distinguer des écoles nous laisse toujours dépendant de nos perspectives implicites et de nos concepts. On n'a pas encore quitté sa pensée ni pu entrer dans l'autre.
    François Jullien propose de lire les premiers mots du Yi-king sur le commencement. De les lire du dedans : dans leur énoncé et dans leur commentaire. S'érige alors progressivement un seuil qui fait entrer. Et surgit alors une tâche immense : concevoir une histoire de l'avènement de l'esprit qui ne relève plus de la seule Europe.
    Une réflexion qui se prolonge dans L'écart et l'entre : comment s'ouvrir un chemin vers l'Autre ? Ce n'est pas à partir du semblable, comme on voudrait le croire, mais bien en faisant travailler des écarts, et donc en activant de l'entre, qu'on peut déployer une altérité qui fasse advenir du commun.

    Qu'on s'en souvienne aujourd'hui où le danger d'assimilation, par temps de mondialisation, partout menace.

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  • Les transformations silencieuses t.1; chantiers

    François Jullien

    Parution : 18 Mars 2009 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    « Grandir, vieillir ; mais également l'indifférence qui se creuse, jour après jour, entre les anciens amants, sans même qu'ils s'en aperçoivent ; comme aussi les Révolutions se renversant, sans crier gare, en privilèges, ou bien le réchauffement de la planète : autant de modifications qui ne cessent de se produire ouvertement devant nous, mais si continûment et de façon globale, de sorte qu'on ne les perçoit pas. Mais on en constate soudain le résultat - qui nous revient en plein visage. Or si cette transformation continue nous échappe, c'est sans doute que l'outil de la philosophie grecque, pensant en termes de formes déterminées, échouait à capter cette indétermination de la transition. De là l'intérêt à passer par la pensée chinoise pour prêter attention à ce même : celui de « transformations silencieuses » qui, sous le sonore de l'événement, rendent compte de la fluidité de la vie et éclairent les maturations de l'Histoire tout autant que de la Nature. De notion descriptive, on pourra alors en faire un concept de la conduite, stratégique comme aussi politique: face à la pensée du but et du plan, qui a tant obsédé l'Occident, s'y découvre l'art d'infléchir les situations sans alerter, d'autant plus efficace qu'il est discret. » François Jullien

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  • Traite de l'efficacite

    François Jullien

    Parution : 12 Février 2009 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    "Passer par la Chine est pour moi un moyen, un levier pour questionner. Au fond si j'ai appris le chinois c'est pour mieux lire le grec". Ainsi François Jullien interroge-t-il notre manière occidentale de penser. Qu'est-ce donc que l'efficacité ? Est-ce le mouvement volontariste qui porte au but recherché ? Ou au contraire, plutôt que de chercher à se pousser, selon la pensée occidentale, est-ce se laisser pousser selon la méthode chinoise ? Ici, deux visions s'opposent : ce que nous découvrons en Chine, c'est une conception de l'efficacité qui apprend à laisser advenir l'effet. Un traité qui questionne notre monde.

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  • L'invention de l'idéal et le destin de l'Europe

    François Jullien

    Parution : 17 Mai 2017 - Entrée pnb : 6 Mai 2017

    Idéal est un mot d'Europe : il s'y retrouve d'une langue à l'autre, seule diffère la façon de le prononcer.

    Il n'est pas banal d'avoir isolé dans la vie de l'esprit cette représentation unitaire, séparée de l'affectif, qu'on appelle «idée». Il l'est encore moins d'avoir imaginé reporter sur elle, promue en "idéal" séparé du monde, la fixation du désir, au point de faire de cette abstraction le mobile d'une humanité prête à s'y sacrifier.
    L'idéalisme platonicien et la dramatisation de l'existence qu'un tel coup de force a inspirée, le lecteur les redécouvre à neuf considérés depuis la Chine.

    Car la Chine nous dit comment on aurait pu ne pas se laisser prendre à ce jeu de l'idée. Et d'abord comment s'engager dans la pensée en s'insérant dans la tradition plutôt que de vouloir, par le doute, rompre avec toute adhésion ; comment se fier au conditionnement de la conduite par imprégnation des rites plutôt que par l'obéissance consentie à la Loi ; ou comment la Raison peut se conformer à la régulation des choses plutôt qu'à la formalisation d'un modèle détaché du monde.

    Au moment où l'"Europe" doute de son avenir, n'y a-t-il pas intérêt à repenser cette vocation de l'idéal ?

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  • L'inouï ; ou l'autre nom de ce si lassant réel

    François Jullien

    Parution : 16 Janvier 2019 - Entrée pnb : 14 Décembre 2018

    L'histoire que je raconte ici est celle de tout le monde...
    Car qui ne s'est pas trouvé lassé, au fil des jours, du spectacle si merveilleux du ciel, ou du visage de l'Amante, et même d'abord d'être en vie  ?
    On s'en lasse parce qu'on n'en attend - on n'en entend - plus rien.
    Ce qui s'étale, revient toujours, s'enlise en effet dans sa présence et dans sa récurrence et n'émerge plus, n'apparaît plus. On ne pourra y accéder qu'en découvrant ce qui s'en est enfoui d'in-ouï.
    Non par dépassement dans un Au-delà, mais par débordement de notre expérience. C'est-à-dire en ouvrant une brèche dans ses cadres constitués et normés, libérant ainsi ce qui s'y révèle autre et qui se donne alors à rencontrer.
    Aussi rendre ce si lassant réelà ce qu'il contient en soi d'inintégrable et donc de vertigineux, proprement inouï, est, en amont de toute morale, autour de quoi se jouent - basculent - nos existences.
    L'inouï en devient ce concept premier, ce concept clé, ouvrant un minimum métaphysique où s'opère, ici et maintenant, un tel renversement.
    Car que peut-on attendre d'autre - espérer entendre d'autre - que l'inouï  ?
     F.J.

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  • Philosophie du vivre

    François Jullien

    Parution : 12 Mars 2015 - Entrée pnb : 25 Février 2015

    "Vivre nous tend entre l'un et l'autre : il dit à la fois l'élémentaire de notre condition - être en vie - et l'absolu de notre aspiration : "Vivre enfin !" Car que pourrions-nous désirer d'autre que vivre ?

    Vivre est en quoi nous nous trouvons toujours déjà engagés en même temps que nous ne parvenons jamais - pleinement - à y accéder.

    Aussi la tentation de la philosophie, depuis les Grecs, a-t-elle été de le dédoubler : d'opposer au vivre répétitif, cantonné au biologique, ce qu'on appellera, le projetant dans l'Être, la "vraie vie".

    Refusant ce report et circulant entre pensée extrême-orientale et philosophie, j'envisagerai ici quels concepts peuvent faire entrer dans une philosophie du vivre : le moment, l'essor opposé à l'étalement, l'entre et l'ambiguïté ; ou ce que j'appellerai enfin, prenant l'expression en Chine, la "transparence du matin".

    Je me demanderai, plus généralement, comment chaque concept, pour se saisir du vivre, doit s'ouvrir à son opposé. Car comment s'élever à l'ici et maintenant sans se laisser absorber dans cet immédiat, ni non plus le délaisser ?

    Ce qui impliquera de développer une stratégie du vivre en lieu et place de la morale.
    Le risque est sinon d'abandonner ce vivre aux truismes de la sagesse ; ou bien au grand marché du développement personnel comme au bazar de l'exotisme. Car cet entre-deux, entre santé et spiritualité, la philosophie ne l'a-t-elle pas - hélas ! - imprudemment laissé en friche ?"

    François Jullien.

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  • Procès ou création ; une introduction à la pensée des lettrés chinois

    François Jullien

    Parution : 25 Août 2013 - Entrée pnb : 18 Février 2015

    Que toute réalité soit conçue comme processus en cours relevant d'un rapport d'interaction; que tout réel ne soit donc jamais analysable comme entité individuelle mais comme relation; qu'il y ait par conséquent à l'origine de tout phénomène non pas une mais toujours deux instances fonctionnant corrélativement (yin/yang, terre/ciel, paysage/émotion...) : c'est là une représentation de base de la culture chinoise, dont la lecture de Wang Fuzhi (1619-1692) permet ici de saisir les enjeux. Soit une régulation ininterrompue du cours (du monde comme de la conscience), un va-et-vient du visible et de l'invisible dans une essentielle corrélation, une affirmation des valeurs qui, inscrite dans l'ordre de la nature, ne débouche sur aucune rupture dualiste ni sur aucun "être" métaphysique.
    La lecture de François Jullien se veut problématique en ce qu'elle propose entre "procès" et "création" (telle que l'entend l'occident) une alternative qui permet de percevoir le pli particulier pris par tout un contexte de civilisation, assimilé comme une évidence, et qui lui sert de forme (inconsciente) de rationnalité. Manière, aussi bien, de redécouvrir les partis pris enfouis dans notre propore cogito.

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  • Un sage est sans idée ou l'autre de la philosophie

    François Jullien

    Parution : 25 Mars 2014 - Entrée pnb : 10 Septembre 2014

    Nietzsche demandait : pourquoi avons-nous voulu le vrai plutôt que le non-vrai (ou l'incertitude ou l'ignorance) ? La question se voudrait radicale, et même la plus radicale, mais elle est encore conçue du dedans de la tradition européenne, bien que la prenant à revers : elle ose toucher à la valeur de la vérité, mais sans sortir de sa référence ; elle ne remet pas en question le monopole que la vérité a fait subir à la pensée. Du point de vue de la sagesse, la question deviendrait : comment a-t-on pu – et fallait-il ? – faire une " fixation " sur la vérité ? Et si, au lieu que ce soit la sagesse qui n'aurait pas accédé à la philosophie, c'était la philosophie qui, en Grèce, en se braquant sur le vrai, avait dérapé hors de la sagesse ?
    Car si le sage est " sans idée ", comme il est dit de Confucius, c'est que toute idée avancée est déjà un parti pris sur la réalité. Aussi, en partant sur les traces estompées de la sagesse, souhaité-je revenir sur ce qui a pu échapper à la philosophie ; comme redonner consistance à son autre enfoui, expliciter sa cohérence.
    Autrement dit, que faisons-nous aujourd'hui de la sagesse ?
    Et que peut être une logique de la sagesse – une " logique " sans logos ?
    F. J.

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  • Pourquoi il ne faut plus dire "je t'aime"

    François Jullien

    Parution : 22 Août 2019 - Entrée pnb : 8 Mai 2019

    "Il faut casser cette image de l'amour-passion comme grand embrasement qui retombe en cendres, s'écarter de l'amour comme désir de possession qui, une fois qu'il a atteint sa satisfaction, se transforme fatalement en déception". Voilà ce que nous dit François Jullien, qui plaide pour le concept d'intimité. Si l'amour est équivoque, l'intime, lui, est ambigu. Or, assène le philosophe, "penser, c'est chasser l'équivoque et explorer l'ambigu". Dire je t'aime, c'est faire de l'autre un objet, quand dire je suis intime avec toi, c'est défaire l'isolement des sujets. De ce décalage entre l'image commune et passionnelle et celle à rapprocher de la notion d'intime, quelle philosophie de l'amour peut-on tirer ?

    François Jullien est helléniste et sinologue. Titulaire de la chaire sur l'altérité à la Fondation Maison des sciences de l'homme, il est l'un des philosophes les plus traduits et commentés dans le monde.

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  • Si près, tout autre ; de l'écart et de la rencontre

    François Jullien

    Parution : 28 Février 2018 - Entrée pnb : 1 Mars 2018

    Notre vie, ne la passons-nous pas en quête inassouvie de l'Autre  ? De l'autre, enfin, qui soit autre.
    Or ce tout autre n'est pas à attendre de quelque Là-bas espéré, d'un lointain fantasmé  : la pensée ne fera toujours que tourner en rond dans cet imaginaire projeté.
    Mais il se découvre si près, à portée, dans ce que l'on a trop placidement, paresseusement, assimilé. L'inouï ne tombe pas de quelque ciel féerique, mais s'extrait de ce qu'on foule si négligemment d'instants banals.
    L'opposé lui-même n'est plus autre, car il ne confronte plus à de l'inconnu  : il est désormais posé devant, «  en face », diamétralement aligné, et même dramatiquement érigé  ; mais déjà assigné, inerte et rangé- l'opposé déjà s'entend avec son autre.
    De là qu'il faudra, je crois, procéder de façon inverse. Chercher de l'autre, non pas dans ce qui s'annonce à l'antipode, dans le rôle du contraire, qui déjà est complémentaire. Mais plutôt en ouvrant un écart au sein de ce qu'on croirait semblable, le plus à proximité, apparemment le plus apparenté  : pour y sonder ce qui s'y fissurerait secrètement d'un autre possible.
    Ainsi, déjà, entre le «  plaisir » et la «  jouissance »- eux qu'on croyait accolés.
    Car c'est en émergeant d'un tel écart qu'un Autre - Toi - peut être rencontré.
     
    Penser l'autre  : n'est-ce pas là ce qui peut relancer la philosophie et, d'abord, nous fait accéder à l'existence  ?
     F. J.

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  • De l'universel ; de l'uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures

    François Jullien

    Parution : 16 Janvier 2008 - Entrée pnb : 27 Avril 2016

    Depuis ses tout premiers travaux, l'ambition de François Jullien est de construire un rapport interculturel Chine-Europe tout à la fois effectif et fécond, c'est-à-dire qui se garde de l'universalisme à bon marché, comme du relativisme, son double inversé. Il était donc requis d'emblée dans son programme de recherches qu'il se consacrât un jour à la question même de l'universel, et à ses enjeux politiques..
    Jullien commence par retravailler le sol conceptuel de la notion même d'universel. Qu'est-ce qui distingue et en même temps relie cette notion à celle d'« uniforme » ? Et les deux précédentes notions à celle de « commun » ? Puis il entreprend d'éclairer en profondeur la façon chaotique dont la dimension de l'universel a émergé en Europe. Car lorsqu'on l'examine d'un point historique (et dans le temps long qui est celui des idées), il est frappant de voir à quel point l'universel est une notion composite, voire hétéroclite, en ce qu'elle plonge ses racines dans trois régimes de pensée et d'histoire très hétérogènes : celui de la logique, via la philosophie et les sciences, celui du droit, via l'Empire romain, et enfin celui de la religion, via la christianisme et saint Paul.
    Oui, il y a bien une « idéologie européenne ». Oui, les notions de « démocratie » et de « Droits de l'homme » subissent une torsion lorsqu'elles passent en Chinois. Non, cela ne signifie pas pour autant que le relativisme est la seule option rationnelle et le fin mot de tout. Et encore moins que les jeunes Chinois de la place Tian an'Men ne savent pas de quoi ils parlent lorsqu'ils revendiquent de telles valeurs. Oui, on peut dire quelque chose de neuf, aujourd'hui encore, sur l'universel et sur le dialogue des cultures.
    Et de fait, si la démarche « sinophilosophique » de F. Jullien présente un avantage, c'est bien justement celui de renouveler et de relancer toutes les questions qu'elle rencontre, même les plus rebattues, et nous surprendre ainsi à chaque livre.

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  • Vivre de paysage ou l'impensé de la raison

    François Jullien

    Parution : 21 Mai 2014 - Entrée pnb : 20 Mai 2014

    En définissant le paysage comme la partie d'un pays que la nature présente à un observateur, qu'avons-nous oublié ?
    Car l'espace ouvert par le paysage est-il bien cette portion d'étendue qu'y découpe l'horizon? Car sommes-nous devant le paysage comme devant un spectacle? Et d'abord est-ce seulement par la vue qu'on peut y accéder - ou que signifie regarder?
    En nommant le paysage montagne(s)-eau(x), la Chine, qui est la première civilisation à avoir pensé le paysage, nous sort puissamment de tels partis pris. Elle dit la corrélation du Haut et du Bas, de l'immobile et du mouvant, de ce qui a forme et de ce qui est sans forme, ou encore de ce qu'on voit et de ce qu'on entend... Dans ce champ tensionnel instauré par le paysage, le perceptif devient en même temps affectif ; et de ces formes qui sont aussi des flux se dégage une dimension d'esprit qui fait entrer en connivence.
    Le paysage n'est plus affaire de vue, mais du vivre.
    Une invitation à remonter dans les choix impensés de la Raison ; ainsi qu'à reconsidérer notre implication plus originaire dans le monde.
    François Jullien.

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  • Vivre en existant ; une nouvelle éthique

    François Jullien

    Parution : 17 Mars 2016 - Entrée pnb : 8 Mars 2016

    "Entre ces deux grands termes rivaux, l'être et le vivre, exister est le verbe moderne qui fait lever un nouveau possible.
    Mais comment décrire l'existence sans plus construire - comme la philosophie l'a fait de l'Être - en s'en tenant au ras du vécu ?
    Je cherche ici des concepts qui décolleraient le moins de l'expérience : on reste dans l'adhérence au vital ou l'on en désadhère. Car exister, c'est d'abord résister. Sinon ma vie s'enlise ; ou bien elle peut basculer. Elle s'amorce et se résorbe - plutôt qu'elle ait "début" et "fin". Elle reste prise dans le "dur désir de durer" ou bien je peux en émerger.
    Ou si seul le phénoménal existe, il faudra reconnaître ce qui s'y ouvre de faille (tel le "sexuel") ou qui l'excède : la rencontre de l'Autre.
    Car si vivre, c'est déjà dé-coïncider d'avec soi (sinon c'est la mort), exister est ce verbe nouveau qui, détaché de l'Être, promeut cette désadéquation en ressource.
    "Ex-ister", c'est en effet, littéralement, "se tenir hors" - il faudra dire de quoi.
    Ou comment émerger du monde, mais dans le monde, sans verser dans l'au-delà de la métaphysique ?
    De là se dégage une nouvelle Éthique qui ne prêche pas : vivre en existant."
    François Jullien.

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  • "Dans quels termes penser quand le monde est en voie de penser dans les mêmes ?

    Face aux principaux concepts de la pensée européenne, je suis allé chercher en Chine des cohérences à mettre en vis-à-vis, dont je fais des concepts, ceux-ci laissant paraître d'autres possibles.

    Il ne s'agit donc pas de "comparer". Mais de cueillir les fruits d'un déplacement théorique, dont je dresse ici le bilan, en explorant d'autres ressources à exploiter ; comme aussi, par le dévisagement mutuel engagé, de sonder respectivement notre impensé.

    Au lieu donc de prétendre identifier des "différences" qui caractériseraient les cultures, je cherche à y détecter des écarts qui fassent reparaître du choix et remettent en tension la pensée. C'est seulement à partir d'eux, en effet, qu'on pourra promouvoir un commun de l'intelligible qui ne soit pas fait de slogans planétarisés.

    En retour, les entrées de ce lexique introduiront autant de dérangements qui pourront faire réagir les pratiques de l'art comme de la psychanalyse ; qui permettront de réinterroger de biais la pensée du politique comme du management.

    Et voici que, en dessinant une sortie de la "question de l'Être", c'est du même coup une nouvelle pensée du vivre que capte, dans ses mailles, ce filet."

    François Jullien.

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  • Fonder la morale

    François Jullien

    Parution : 12 Février 2009 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    Partant du constat que la morale moderne, qui prend sa source principalement dans les travaux de Rousseau et de Kant, n'est jamais parvenue à sortir du piège de la transcendance (pas une valeur, pas une référence qui ne soient situées dans un espace abstrait, hors humanité : la Raison, la Loi, etc.), François Jullien propose d'interroger Mencius, l'un des plus anciens philosophes chinois (371-289 av. J.-C.). Il établit ainsi, par-delà siècles et millénaires, un dialogue entre Chine et Occident dont il ressort qu'il est possible de fonder une morale humaine, ouverte sur la liberté et la responsabilité ; une morale qui intègre pleinement l'idée de l'altérité.

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  • Si parler va sans dire ; du logos et d'autres ressources

    François Jullien

    Parution : 25 Août 2013 - Entrée pnb : 10 Septembre 2014

    Aristote nous a laissé ces équivalences majeures, s'imposant comme des évidences : que parler c'est dire ; que dire est dire quelque chose ; et que dire quelque chose est signifier quelque chose : destinant ainsi la parole à être le discours déterminant de la science, reposant sur le principe de non-contradiction et apte à répondre à la question grecque par excellence - désormais mondialisée - du "qu'est-ce que c'est ?".
    En se tournant vers les penseurs taoïstes de la Chine ancienne, François Jullien rouvre une autre possibilité à la parole : "parole sans parole", d'indication plus que de signification, ne s'enlisant pas dans la définition (puisque non adossée à l'Être), disant "à peine", ou "à côté" - qui ne dit plus quelque chose mais au gré. Or, n'est-ce pas aussi là, quelque part (à préciser), la ressource que, depuis Héraclite, en Europe, revendique avec toujours plus de virulence la poésie ?
    Aristote ne débat plus ici avec ses opposants familiers. S'invitent enfin à ses cours, pour dialoguer avec lui, des interlocuteurs inattendus, et même qu'il n'imaginait pas.

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  • Cinq concepts proposés à la psychanalyse

    François Jullien

    Parution : 29 Février 2012 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    "En dépit de la révolution qu'il opère, Freud n'est-il pas demeuré dépendant de l'outillage intellectuel européen ? Ne laisse-t-il pas dans l'ombre, de ce fait, certains aspects de la pratique analytique que sa théorie n'a pu explorer ?Mais comment s'en rendre compte, si ce n'est en sortant d'Europe ?Je propose ici cinq concepts, abstraits de la pensée chinoise, dans lesquels ce qui se passe dans la cure pourrait se réfléchir et, peut-être, mieux s'expliciter. Chacun opère un décalage : la disponibilité par rapport à l'attention du psychanalyste ; l'allusivitépar rapport au dire de l'analysant ; le biaispar rapport à l'ambition de la méthode ; la dé-fixationpar rapport à l'enjeu même de la cure ; la transformation silencieuse, enfin, par rapport à l'exigence de l'action et de son résultat.Autant d'approches qui font découvrir la psychanalyse sous un jour oblique, la révélant dans on impensé. Or, cet impensé n'est-il pas aussi celui de la pensée européenne découverte dans ses partis pris ?De quoi introduire également à la pensée chinoise dont ces notions, en venant sur le terrain de la psychanalyse, se remettent à travailler."F. J.

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  • Chemin faisant ; connaître la chine, relancer la philosophie

    François Jullien

    Parution : 25 Août 2013 - Entrée pnb : 18 Février 2015

    La Chine est ailleurs, est-elle " autre " ?
    Cet ailleurs de la Chine se constate dans la langue comme dans l'Histoire. Quant à l'altérité, elle est à construire patiemment en nouant le dialogue entre deux cultures, la chinoise et l'européenne, qui se sont développées si longtemps sans contact entre elles.
    C'est à ce travail que se livre François Jullien, essai après essai, ou chemin faisant, sans postuler d'altérité ni d'identité de principe. À la fois pour fournir des concepts à la connaissance de la Chine et relancer la philosophie en l'interrogeant du dehors chinois.
    À l'occasion de cette Réplique, François Jullien présente de façon simple le chemin parcouru, ou sa " méthode ", et les résultats acquis. Il montre du même coup comment, à partir du dévisagement réciproque des cultures, ouvrir la voie d'un auto-réfléchissement de l'humain qui nous délivre de l'humanisme mou et de sa pensée faible.
    François Jullien
    Professeur à l'université Paris 7-Denis Diderot et membre de l'Institut universitaire de France. Il dirige l'Institut de la pensée contemporaine.
    Ses ouvrages sont traduits dans une vingtaine de pays.

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  • De l'intime ; loin du bruyant amour

    François Jullien

    Parution : 13 Mars 2013 - Entrée pnb : 7 Décembre 2015

    Que n'avons-nous accordé bruyamment à l'«Amour» ? Mais «je t'aime» réduit l'autre à n'être qu'un objet, fait de la passion un événement qui bientôt s'use et d'abord en appelle à la «déclaration» pour s'annoncer.
    Or je préfèrerais être attentif au cheminement discret de l'intime- lui qui laisse tomber silencieusement la frontière entre l'Autre et soi, fait basculer d'un dehors indifférent dans un dedans partagé et vit inépuisablement des «riens» du quotidien, y découvrant l'inouï de l'être auprès.
    Intimus, dit le latin, ou «le plus intérieur». Mais on ne promeut de plus intérieur de soi qu'en s'ouvrant à l'extérieur de l'Autre, montre Augustin.
    Façon donc de se débarrasser de l'éternel du «coeur» humain, puisque nous aurons à suivre, d'Augustin à Rousseau (et Stendhal), comment cet intime en vient à se transporter de Dieu dans l'humain en Europe - est-ce ce qui fait «Europe» ? - et peut servir de départ à la morale.
    Gageure aussi pour la philosophie. Car ce que nomme ainsi l'intime n'est-il pas, de droit, ce qui résiste le plus farouchement à la prise du concept ?F. J.

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  • Le bonheur. Visions occidentale et chinoise

    François Jullien; André Comte-Sponville

    Parution : 27 Août 2007 - Entrée pnb : 18 Juillet 2019

    "André Comte-Sponville et François Jullien, sous la médiation de Françoise Dastur, confrontent la vision occidentale du bonheur avec celle de la pensée chinoise : d'une part, une culture chrétienne marquée par le dolorisme et la culpabilité et d'autre part une philosophie chinoise qui se dispense de l'idée du bonheur, au profit d'une autre préoccupation, celle de nourrir sa vie. Entre la vision occidentale du bonheur comme but de la vie humaine et celle de la pensée chinoise d'un "vivre à propos", il est intéressant de se demander si c'est bien la quête du bonheur qui doit véritablement gouverner la vie des êtres humains. Cette rencontre, organisée par François Lapérou, pour Arte-Filosofia, nous fait découvrir que l'aspiration au bonheur, prétendument universelle, est en réalité un produit de l'histoire et de la culture." Claude Colombini-Frémeaux

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