• Abattoir 26

    Raymond Bozier

    Parution : 8 Octobre 2010 - Entrée pnb : 9 Décembre 2015

    Nous accédons à ce que nous sommes en nous faisant porteurs de l'Histoire - peu importe qu'on s'astreigne à l'assumer de façon vaste (la leçon des antiques, ou Salluste qui résonnerait ici), et peu importe qu'on y soit directement mêlé: nous sommes porteurs de tant de récits, et ce qui traversa avec violence tant de générations des nôtres. Les livres naissent de cette acceptation raisonnée de l'Histoire, pas question d'en faire détour: et l'histoire, telle que nous la recevons, est toute entière trouée de guerres, elles viennent aussi dans les récits, les poèmes, les peintures.La guerre est à nos portes, il y a peu, du temps de Sarajevo, les avions de guerre partaient des bases françaises et y revenaient dans la journée, et à l'autre bout du monde des soldats exercent la guerre en notre nom.Et la guerre partout est puante, et nous concerne quand bien même on n'y a pas les mains prises. Il n'est que d'ouvrir le journal.Et ce travail, la détestation de la guerre, la haine de la guerre, ne serait pas à constamment réentreprendre? Et ce travail de détestation de la guerre, de haine de la guerre, n'imposerait pas qu'on la nomme?Souvenir de ces vers d'Agrippa d'Aubigné, qui non seulement résonne ici, mais vient en traverser la prise, quand il est question des massacres de guerre civile dans ce qui maintenant semble notre province endormie, perpétuellement refaite avec ses rocades et ses enseignes normalisées: Niort, Poitiers, Angers ou Tours dans Les Tragiques, les morts jetés au fleuve.C'est ce travail qu'a mené - pour lui - Raymond Bozier: il ne s'agit pas de bruit, remuement, horreur, loin de nous et dont nous serions préservés. Les images télévisées, les clichés des magazines, nous le rappelleraient bien vite. Mais lorsqu'on en fait écriture, on quitte cette nécessité personnelle du travail pour en établir l'instance collective - le texte lui-même alors devient collectivement nécessaire.Dans le travail que nous menons à publie.net, il y a des envies et des obligations: un texte comme celui-ci établit la cartographie collective de ce qui nous concerne ensemble. si la violence et l'âpreté d'écriture de Bozier y sont reconnaissables, et donnent à cet abécédaire de notre misère sa voix et sa force, sa chair, il y a dans la poésie - peut-être même cela fait partie de ce qui la rend en tant que telle reconnaissable - une instance d'écriture anonyme, littéralement collective. D'où notre responsabilité à le prendre en charge, le diffuser.Nous ne sommes pas débarrassés de la puanteur de la guerre.FBA propos d'Abattoir 26, lire Chronic'Art. Merci à Hubert Saint-Ève pour la toile reproduite en ouverture (voir son site).

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  • L´être urbain

    Raymond Bozier

    Parution : 11 Août 2010 - Entrée pnb : 9 Décembre 2015

    La ville ne se définit pas d'abord par sa structure ou son architecture : elle se définit par la densité et la relation de ceux qu'elle rassemble.communauté sans cesse en mouvement, elle est le lieu où s'applique évidemment le pouvoir (il ne se maintient que s'il contrôle la ville), et où se fomente son éventuel renversement. La ville, parce qu'elle est communauté agissante, est le lieu de ce qui se produit, de ce qui se vend.Paradoxe pourtant que le collectif ne peut s'y exprimer que par et dans la relation indiiduelle. De même, l'expérience des camps de concentration qui devient littérature, via Robert Antelme et David Rousset, qui s'en saisissent par les bords, là où le maître et l'esclave se regardent oeil pour oeil.La ville, dans sa contemporanéité, ses cinétiques, ses structures, est un élément récurrent du travail de Bozier, notamment dans Fenêtres sur le monde (Fayard, 2002) et {Rocade}. Ici, de la ville, on ne verra que les verbes. Travail rigoureux sur l'injonction, l'obéissance consentie, les pièges et mirages du discours, de la consommation. Bozier, qui nomme chacune de ses incises une fouille, comme en archéologie, ou comme on retourne ses poches, ou comme un policier qui vous a mis bras aux murs, avance avec une écriture double, voire triple : lecture vers à vers, mais lecture verticale de ce qui s'écrit à gauche et lecture verticale de ce qui s'écrit aligné à droite.La ville, pour chacun d'entre-nous, c'est le combat du dire. Et l'interrogation de comment les plus vieilles permanences du dire, la parole, le geste, l'ordre, le rêve, le corps, sont mises à nu - en tant que langue - par la relation neuve qu'inaugure la ville.Alors, dans sa pleine puissance heidegerrienne, c'est bien d'être qu'il s'agit : ce que l'urbain creuse dans le verbe qui nous fait être.Pour accompagner Abattoir 26, une nouvelle mise en page, et une édition révisée et augmentée. Merci à Hubert Saint-Ève pour le choix de cette toile d'accompagnement (voir son site).FB

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  • Roseaux

    Raymond Bozier

    Parution : 5 Décembre 2008 - Entrée pnb : 9 Décembre 2015

    De la même façon que un est en deux, j'ai toujours considéré le poème comme un champ clos dans une géographie de champs ouverts.
    Il m'importe, en poésie, d'examiner la circulation, la déperdition des mots voués à toutes les aventures, d'ouvrir les espaces et de montrer autre chose que ce que le conformisme de l'époque exhibe à tout bout de champ.
    Chacun des poèmes de ce recueil est constitué de deux verticalités autonomes, l'une masculine et l'autre féminine, mais il autorise aussi une lecture classique (le fragment gauche rejoignant le fragment droit), ainsi que quelques variations. Le poème s'épanouit ainsi, dans l'échange des voix et le déséquilibre du sens.
    RB.Roseaux, de Raymond Bozier, est paru en 1986, et est épuisé. Raymond Bozier vit à La Rochelle. Son chemin a d'abord été exclusivement de poésie, avec comme repère Bords de mer chez Flammarion en 1998 et Abattoirs 26 chez Pauvert en 1999. Prendre de front les dérives ou les travers d'un monde qui se cherche, s'englue dans les fausses pistes de l'image, de la violence, est un trait permanent du travail de Raymond Bozier. On le retrouvera dans Roseaux, travail sur deux lignes verticales qui sans cesse entrecroisent la double lecture, presque un journal où le poème heurte directement aux soubresauts de son époque, comme, ici, la première guerre d'Irak.Raymond Bozier a ensuite doublé son travail de poésie d'un travail de prose, construisant sous le titre générique Paysages avant l'oubli cette même proximité âpre au réel, notamment via Rocade (Pauvert, 2000), l'étonnant Fenêtres sur le monde (Fayard, 2004), en passe de devenir un classique des ateliers d'écriture, enfin la reprise, ou la réécriture au même lieu, dans L'homme-ravin qui paraît ces jours-ci chez Fayard, du premier Paysages avant l'oubli, Lieu-dit (Calmann-Lévy, 1997) : travail sur les figures du temps qui me rend d'autant plus heureux d'insérer Roseaux dans l'ouverture de publie.net.Et petit salut, dans les longues soirées d'internat au lycée Camille-Guérin de Poitiers, dans l'immédiat après 68, à celui qui le mercredi rapportait de la ville Eluard ou Apollinaire et les faisait lire à quelques bec-jaunes de la terminale S...FB

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  • Fenêtres sur le monde

    Raymond Bozier

    Parution : 8 Mai 2011 - Entrée pnb : 9 Décembre 2015

    Fenêtres sur le monde, de Raymond Bozier, est paru chez Fayard en 2004. Depuis, ce livre est devenu un classique pour les animateurs d'ateliers d'écriture. Sur la démarche de l'auteur et la genèse du livre, voir sur site BNF cette vidéo : Raymond Bozier, Fenêtres sur le monde.L'immense force de ce livre, c'est son grand écart : d'un côté, après le 11 septembre 2001 et l'attentat du World Trade Center, notre rapport à la ville bascule. C'est la nappe sous-jacente, qui unifie les 37 fenêtres de Bozier. Parce qu'elles sont listées, dans la table des matières qui ouvre le livre. Ce sont celles que nous portons chacun : ce qu'on voit de la cuisine, ce qu'on voit de la salle où on enseigne, ce qu'on voit de cette chambre de hasard, ou de cette salle de réunion au ministère le jour que. Mais le pare-brise de la voiture, sur le trajet du matin, est aussi une fenêtre. Et les photos sur le mur, au-dessus de la table de travail. Et l'espace urbain, il nous donne quoi à voir : vitrine d'une cafétéria de supermarché, ça ne nous choque pas dans un film, et on ne saurait s'en saisir en littérature ? A sept ans de la parution initiale, Raymond Bozier complète, augmente, révise. Le texte que nous présentons ici est inédit en partie, édition neuve. Nous mûrissons chacun dans l'intérieur de chantiers qui deviennent des chantiers-vie. Alors la version numérique devient l'expression de ce chantier. Un livre essentiel pour les chantiers-ville d'aujourd'hui. À vous, pour le prolonger, de faire l'inventaire de vos propres 37 fenêtres ?FB

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  • Murs

    Raymond Bozier

    Parution : 19 Juin 2012 - Entrée pnb : 9 Décembre 2015

    A nouveau la voix rauque et âpre de Raymond Bozier. A nouveau une entreprise de langue au plus haut degré politique : la prose narrative (ce voyageur égaré), la prose poétique (ces colères sur le registre des vieilles prophéties de Jérémie prisonnier dans le fond de sa citerne), le décryptage de la langue prise en elle-même (les différentes acceptions, citées, du mot {mur} dans le Dictionnaire de la langue française), se conjuguent pour griffer presque de ses propres mains toutes les figures concrètes des murs que chacun de nous a trouvés sur sa route.Parce qu'il nous faut, chacun, en faire l'inventaire : rues de l'enfance, murs sautés dans la littérature, et les murs de l'enfermement (Berlin ou Palestine, ou le mur de l'Atlantique), les murs où on s'écorche, et bien sûr les murs à l'intérieur.Bozier procède par images, un parpaing décoré, la trace au sol du mur de Berlin soufflé, les toiles ou vidéos d'Hubert de Saint-Ève rendent le voyage fascinant parce que nous-mêmes savons répondre, à l'intérieur, par notre mémoire et par nos routes, avec un mur similaire.Si ce n'était qu'une performance (écrire au jour le jour, directement via le web, pendant la durée de la dernière campagne électorale), elle s'effacerait vite. Il se trouve qu'on touche aussi un symbole central de l'imaginaire. Qu'on rejoint les fondations de la ville, leurs contreforts, leurs ghettos et leurs frontières. Qu'on est ainsi de plain pied dans l'espace de la fable.Alors surgissent d'autres murailles de dimensions fantastiques, et qui sont pourtant les plus décisives : celles que l'homme dresse entre lui et lui, ou entre lui et ses semblables. Et pas seulement les murs du pouvoir et de l'argent, mais ceux qu'explose la révolte sont aussi présents ici.Alors, dans la bétonnière et les gravats que brasse devant nous (et nous avec) la phrase et le récit de Bozier, l'idée qu'on pourrait bien arriver à s'en saisir, quitte à le renifler, le mordre, ce vieux rapport de l'homme et du monde, si on se rend capable d'inventer des formes inédites de récit. Celui-ci poursuit loin, poursuit profond. Avec fierté qu'on le reçoit et qu'on l'accompagne (et création epub parfaitement novatrice aussi de Roxane Lecomte pour Digital Hat & Co, merci).FB

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